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Sanctions contre l’Iran : le cauchemar des entreprises françaises

Sanctions contre l’Iran : le cauchemar des entreprises françaises

ENQUÊTE – Après le 4 novembre, Téhéran sera soumis à un black-out financier. En guerre contre le régime des mollahs, Donald Trump va rétablir l’intégralité des sanctions américaines en vigueur avant l’accord sur le nucléaire de 2015. Un cauchemar pour toutes les entreprises françaises en Iran.

« Votre vie peut devenir un enfer. » Karine Demonet ne mâche pas ses mots. La responsable de la conformité de bpifrance vient d’entamer son exposé sur les conséquences des sanctions américaines contre l’Iran pour les exportateurs français. Organisée à Paris début octobre, à l’occasion du forum entrepreneurs de la banque publique, la conférence affiche complet. Pour cause : ces deux dernières années, les exportations tricolores vers Téhéran ont bondi à 1,5 milliard d’euros, selon Bercy.

Serrés sur des bancs, des chefs d’entreprise et cadres dirigeants arborent une mine grave. La survie de leur activité en Iran est en jeu. Ces hommes et femmes, certains d’origine iranienne, travaillent pour des PME ou des grands groupes issus de secteurs très divers : transport maritime, télécoms, élevage… Parmi eux, des experts en intelligence économique circulent. « Je suis ici pour recruter des clients », murmure l’un d’eux, avec une pointe d’accent russe.

Le désarroi est palpable. « La réalité est encore pire que ce que vous décrivez », intervient un patron. « J’étais à la foire des télécoms à Téhéran il y a une semaine. Tous les opérateurs internationaux sont en train de partir ! », raconte le quinquagénaire, qui réalise 85 % de son chiffre d’affaires dans le pays.

« Les lettres de Satan »

Le 4 novembre, une chape de plomb va s’abattre sur la République islamique. L’accord sur le nucléaire iranien signé à Vienne en 2015 sera définitivement enterré par les Etats-Unis. En mai, le président Donald Trump a dénoncé ce compromis qui prévoyait une levée partielle de l’embargo en échange de l’arrêt du programme nucléaire militaire iranien. Pour asphyxier le régime des mollahs, Washington a décidé de rétablir les sanctions dites « secondaires ». Plusieurs secteurs vont donc être bientôt placés sur liste noire : le pétrole, le gaz et la finance en font partie.

« A partir de cette date, si vous poursuivez vos transactions avec l’un des secteurs mis à l’index, vous risquez d’intégrer la liste des SDN. Ces trois lettres sont en quelque sorte les lettres de Satan », prévient Karine Demonet de bpifrance. SDN signifie « Specially Designated Nationals ». Ce sigle a été créé par l’Ofac (Office of Foreign Assets Control), le bras armé du Trésor américain en matière de sanctions. Il désigne ceux qui contribuent d’une manière ou d’une autre à soutenir un pays placé sous embargo.

Les menaces de l’Ofac ont déjà précipité le départ de plusieurs champions français. Total l’a affirmé sans détour : le groupe préfère abandonner South Pars, le projet gazier à 5 milliards de dollars dans le golfe Persique, plutôt que de s’attirer les foudres de Washington. En jeu, ses activités aux Etats-Unis, ses relations avec les actionnaires américains et avec les banques de Wall Street. Touché par les sanctions sur l’automobile , en vigueur depuis août, PSA a rapatrié plus de 50 familles cet été. Renault a aussi suspendu ses activités en Iran .

Les banques, au coeur de l’interdiction

Aucune industrie ne semble à l’abri. Des activités échappent officiellement aux sanctions, comme les télécoms, la pharmacie ou l’agroalimentaire. « Mais en ciblant le secteur bancaire, Washington sait très bien qu’il rend les relations commerciales avec l’Iran quasi impossibles. Quand on paralyse les banques, par ricochet, tous les autres secteurs sont touchés, même ceux que les Etats-Unis épargnent en apparence », décrypte l’avocat Olivier Dorgans.

Depuis des années, déjà, les relations entre les entreprises et leurs banquiers sont tendues. « Si vous travaillez avec l’Iran, vous devenez un paria », témoigne un patron, lui-même victime de cette censure. Rien de surprenant : les grands établissements de crédit ont peur de tomber sous le coup des sanctions primaires américaines. Celles-ci n’ont pas été levées par l’accord de Vienne. Quiconque a un lien, même ténu, avec les Etats-Unis – le fameux « nexus » – a interdiction de traiter avec la République islamique. De quoi rendre fou un responsable de la conformité : l’usage du dollar ou, pour un industriel, la simple utilisation de composants made in USA posent problème.

Visite de la CIA

Au moindre écart, les banques risquent de perdre leur accès au marché américain. L’amende de 9 milliards de dollars infligée à BNP Paribas en 2014 pour violation d’embargo hante les esprits. Si cela ne suffisait pas, Washington sait se montrer dissuasif. « Le Trésor américain envoie des équipes sillonner la planète pour rappeler ses règles » , affirme Ardavan Amir-Aslani, un avocat d’affaires franco-iranien. La démonstration de force ne s’arrête pas là. « La CIA nous a rendu visite » , confie le représentant d’une institution française.

Faute de pouvoir compter sur les grandes banques internationales, les entreprises françaises en Iran ont donc frappé à la porte de petits établissements sans connexion avec les Etats-Unis, comme Delubac & Cie ou Wormser Frères. Soutenus par Bercy, ceux-ci ont ouvert des comptes pour faciliter les flux financiers entre les sociétés de l’Hexagone et leurs partenaires iraniens. Mais cette ligne de vie ne résistera sans doute pas au séisme du 4 novembre.

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