jeudi 24 septembre 2020
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Sara Yirga : « La culture du café en Ethiopie est un héritage immatériel »

Sara Yirga : « La culture du café en Ethiopie est un héritage immatériel »
En Ethiopie, berceau du café, la consommation de ce produit obéit à des rites, un art de vivre autour de traditions millénaires. C’est sur ces traditions de services du café que s’appuie le concept Ya Coffee, mettant en valeur les cultures de café éthiopiennes. Le concept vise une clientèle haut de gamme, mise sur la création d’une véritable chaîne de valeur dans le secteur du café pour créer des emplois durables dans ce pays qui consomme plus de 50 % de sa production de café. Sara Yirga, fondatrice et manager de Ya Coffee, revient sur les objectifs de cet ambitieux projet.

Ya Coffee a été conçu comme une expérience pour la préservation de la riche culture traditionnelle de l’Éthiopie, en termes de rituels pour le café. Comment présenteriez-vous le concept Ya Coffee ?

Le concept de Ya Coffee pour la préservation de la culture du café éthiopien vient de la compréhension de la complexité de notre tradition, avec nos identités diverses et multiethniques. Le café en Éthiopie est un style de vie et pas une marchandise, il fait partie intégrante de la culture locale. Ainsi, Ya Coffee, en tant que promoteur de notre culture du café, s’engage à présenter les rituels traditionnels du café au-delà d’une simple cérémonie du service. Nous voulons porter le café éthiopien et les rituels autour, à un niveau supérieur où le monde pourrait le comprendre, le reconnaître et l’apprécier. Il mérite d’être enregistré par l’UNESCO comme l’un des patrimoines immatériels de l’Éthiopie.

Quels sont les types de clientèles ciblées par Ya Coffee ?

Nos clients cibles idéaux sont ceux qui aiment le café et qui préfèrent la qualité au prix. En général, nous nous intéressons aux marchés mondiaux émergents, en particulier sur notre continent, l’Afrique. Bien qu’il soit difficile de pénétrer un marché qui n’est pas encore développé et d’instaurer de nouveaux goûts de café à partir de différents endroits, nous visons à atteindre les consommateurs de café gastronomique, avec une portée de petit volume haut de gamme.

Qu’est-ce qui distingue Ya Coffee des autres initiatives de transformation et de commercialisation du café en Éthiopie ?

La différence réside dans l’accent que nous mettons sur la qualité de nos produits, et le concept global de valeur ajoutée à la promotion des variétés de café éthiopiennes, comme aucun autre concurrent ne le fait. Nous nous démarquons en tant que centre de formation et de torréfaction artisanale. Nous nous adressons à la fois aux amateurs de café traditionnels et à ceux qui préfèrent le café moderne à base de lait et le café expresso. Nous sommes également l’une des pionnières, en ce qui consiste à s’approvisionner directement auprès des petites agricultrices et des coopératives de femmes. Nous croyons au partage de nos valeurs avec nos collaborateurs et au renforcement de leurs capacités à tous les niveaux de production.

Comment comptez-vous développer le concept au cours des prochaines années ?

Premièrement, nous travaillons sur une initiative de tourisme du café qui impliquera tout le monde tout au long de la chaîne de valeur du café. Cela correspond à notre mission de promouvoir les cultures de café éthiopiennes en tant qu’héritages immatériels. Deuxièmement, nous voulons nous rapprocher de nos fournisseurs, nous développons donc un mécanisme pour établir de petites usines de transformation qui pourraient servir d’installations de formations pratiques ainsi que des centres de services pour les petits agriculteurs voisins.

De quoi avez-vous le plus besoin, en termes de réglementation et d’accompagnement, pour le développement de ce type d’initiative ?

Au cours des deux dernières années et demie, le secteur du café a subi une réforme politique majeure. Cela a grandement facilité l’approvisionnement en cafés de qualité exportable pour des exportateurs de produits torréfiés comme nous. Cependant, le secteur souffre toujours d’un manque de compétences et de capacités techniques.

L’Ethiopie compte près de 6 000 variétés de café. Que recommandez-vous pour le développement du secteur ?

Un investissement stratégique dans le développement et l’éducation des compétences en café, ainsi que l’instauration de cours sur le café dans les programmes scolaires (formations de barista, contrôle de la qualité du café, analyse sensorielle, etc.). Cela va encourager les étudiants à choisir potentiellement une carrière dans le secteur du café. C’est un investissement majeur au niveau de la formation, en impliquant les jeunes et les familles de producteurs dans la transformation du café.

Ainsi les métiers dans la récolte, la transformation locale et la préparation pourraient retenir certains jeunes ruraux qui migrent vers les villes du pays. Et cela, parce que la culture du café ne leur permet pas d’avoir les moyens de subvenir aux besoins de leurs familles, et qu’ils n’avaient aucune perspective d’avenir. Ce qui les pousse à migrer vers les grandes villes sans formation, et de grossir le rang des chômeurs du pays.

En Afrique, le marché de la consommation de café est important. Comment l’Éthiopie pourrait-elle en bénéficier ?

La consommation de café en Afrique doit encore se développer. L’Éthiopie est le plus grand producteur et consommateur du continent. Encore une fois, nous visons à profiter des marchés émergents.

afrique.latribune

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