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Scandale Volkswagen : qui savait quoi ? Le linge sale lavé en public…

Scandale Volkswagen : qui savait quoi ? Le linge sale lavé en public…

C’est désormais sur la place publique. Ferdinand Piëch, ancien grand patron de Volkswagen accuse Martin Winterkorn, ancien PDG, d’avoir été au courant du scandale des moteurs truqués, tandis que celui-ci se défend d’avoir tout appris par la presse. Entendus par la justice allemande qui tente de démêler les responsabilités des uns et des autres, les anciens chefs à plume du groupe Volkswagen doivent désormais s’expliquer…

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Que s’est-il vraiment passé chez Volkswagen en ce début d’année 2015, près de neuf mois avant l’éclatement du scandale des moteurs diesels truqués ? À l’époque, le groupe automobile multinational est dirigé par Martin Winterkorn, ancien dauphin adoubé par le puissant Ferdinand Piëch, le patron historique du groupe, petit-fils du fondateur, et qui tient encore le conseil de surveillance sous sa coupe, malgré la défiance de ses cousins de la famille Porsche.

Le départ fracassant et mystérieux de Ferdinand Piëch

En avril, Ferdinand Piëch livre une surprenante et fracassante interview au journal allemand Bild. Dans cette interview, il laisse entendre qu’il souhaitait le départ de Martin Winterkorn. De là, éclate une tempête médiatique tant cette interview paraît nébuleuse. À aucun moment, Ferdinand Piëch ne justifie les raisons de sa “prise de distance” avec son ancien poulain. Au contraire, il persiste dans d’autres interviews où il aurait demandé à Matthias Müller, alors patron de Porsche, de se préparer à prendre les rênes du groupe. Sauf que les autres actionnaires de Volkswagen font bloc derrière Martin Winterkorn qu’ils jugent être “le meilleur président du Directoire qui soit”. La famille Porsche profite de cette occasion pour un règlement de compte familial en bonne et due forme. Des réunions de crise du conseil de surveillance sont alors organisées, des communiqués sont publiés dans tous les sens par les différents actionnaires. Le siège de Volkswagen à Wolfsburg, lui, décrète le black-out total. C’est un ultime conseil de surveillance qui conduit à l’éviction d’un des hommes les plus respectés et les plus influents de l’industrie allemande, sans que l’on sache réellement les tenants et les aboutissants de ce psychodrame venu de nulle part.

La suite, on la connait. Quelques mois plus tard à peine, Volkswagen plonge dans un scandale planétaire sur la présence d’un logiciel qui annule les effets de dépollution de ses moteurs diesel et doit régler une facture qui dépasse les 20 milliards de dollars. Martin Winterkorn est aussitôt évincé de la tête du groupe, au profit de… Matthias Müller.

La rencontre de Genève

Voilà les faits, tels que nous les connaissions jusque-là. Il était compliqué de lier ces deux événements en l’absence d’éléments tangibles. Sauf qu’en août dernier, soit presqu’un an après l’éclatement du scandale, Ferdinant Piëch a refait parler de lui. Dans une interview au journal Bild, le patron déchu révélait qu’il avait rencontré Martin Winterkorn à l’occasion du salon de Genève en mars 2015. Il l’avait alors interrogé au sujet d’une enquête menée par l’agence américaine de protection de l’environnement (celle-là même qui aboutira à la divulgation du scandale). Martin Winterkorn l’aurait alors rabroué, selon Ferdinand Piëch, lui rétorquant que “tout était sous contrôle”. Le très puissant industriel allemand a réitéré ces déclarations il y a quelques jours seulement auprès du parquet de Brunswick (Basse-Saxe) en charge de l’enquête sur les responsabilités dans la chaîne de décision qui a conduit à l’installation de ce logiciel tricheur. Il aurait également désigné quatre autres membres du conseil de surveillance d’avoir pris connaissance des faits dès janvier 2015.

Les services secrets israéliens étaient au courant

Mais voilà que désormais, une nouvelle pièce vient s’ajouter au puzzle. La presse allemande affirme que Ferdinand Piëch aurait été mis au courant de l’existence de l’affaire par… Les services secrets israéliens ! L’ex-ambassadeur d’Israël en Allemagne, qui travaillait alors pour l’amitié israélo-allemande, l’aurait ainsi informé, dès le mois de février 2015, de l’existence d’une enquête américaine potentiellement explosive.

De son côté, Martin Winterkorn, lui, affirme n’avoir découvert le scandale qu’en septembre 2015, lorsque celui-ci a été révélé par la presse. L’ancien patron de Volkswagen s’est exprimé mi-janvier auprès d’une commission d’enquête parlementaire allemande. Devant les députés, Martin Winterkorn a joué le déni. “Je ne comprends pas (…) Il n’y avait pas de régime de terreur (…) Ma porte était toujours ouverte”, s’est-il défendu. Les députés se sont agacés des dérobades de l’ancien patron du groupe automobile qui se réfugiait tantôt derrière sa mémoire défaillante, ou derrière le secret de l’instruction en cours… Incohérence ultime, l’affaire d’un rappel de 500.000 voitures en 2015. Martin Winterkorn avoue ne pas avoir demandé, à l’époque, les détails motivant un tel rappel.

Pour Volkswagen, l’enjeu est colossal. Car s’il a signé des accords amiables avec l’administration judiciaire américaine condamnant l’installation du logiciel, le groupe pourrait désormais être poursuivi pour entrave à l’information boursière s’il était admis que la direction du groupe connaissait les faits dès le début de l’année 2015.

Nabil Bourassi
la tribune

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