dimanche 25 août 2019
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Secteur bancaire en Côte d’Ivoire : Bilan et perspectives

Secteur bancaire en Côte d’Ivoire : Bilan et perspectives

Le secteur bancaire Ivoirien connait une embellie depuis l’année 2012, tirant profit de l’essor économique amorcé au lendemain de la crise politique et militaire ayant rongé le pays dans les années 2000.

Avec un taux de bancarisation ne dépassant pas les 20%, le secteur bancaire Ivoirien a encore de beaux jours devant lui surtout avec les efforts en matière d’inclusion financière et la nouvelle orientation vers le financement des PME. Selon une étude élaborée par Tunisie Valeurs sur le secteur bancaire ivoirien, celui-ci affrontera des challenges se rapportant à la mise en conformité des bilans des banques ivoiriennes avec les exigences du dispositif de Bâle II et Bâle III adopté par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) depuis 2018.

Le secteur bancaire ivoirien est très fragmenté. Néanmoins, il est dominé par les grandes banques, dont la majorité est composée de filiales de groupes bancaires internationaux et régionaux. Les analystes de Tunisie Valeurs focaliseront leur analyse sur les 10 premières banques, détenant ensemble une part de marché de 90% en termes de dépôts.

Faits saillants de l’exercice 2017

Les dépôts

Après deux années 2014 et 2015 marquées par une croissance à deux chiffres des dépôts, la cadence de la collecte a diminué progressivement en 2016 et 2017 malgré l’extension continue du réseau à travers l’ouverture de 35 nouvelles agences en moyenne par an dans tout le territoire. Les dépôts mobilisés par les banques ivoiriennes ont ainsi atteint 6.992 Mds FCFA en 2017 (soit un TCAM de 14% sur la période 2012 -2017). L’accès à des ressources faiblement rémunérées est devenu plus important avec des dépôts à vue passant de 50% en 2012 à 58% en 2017.

Les dépôts de la clientèle Corporate continuent à représenter la principale source des ressources du secteur bancaire, soit 62% des dépôts de la clientèle en 2017, répartis entre les grandes entreprises (47%) et les petites entreprises (15%). Le coût moyen des ressources du secteur s’est établi à 2,4% en 2017 selon nos estimations, en ligne avec le niveau observé sur la période précédente. Les banques ont surtout tiré profit de l’abondance des dépôts à vue faiblement rémunérés.

Les crédits

Compte tenu de l’amélioration notable du climat d’affaires, d’une politique monétaire accommodante et d’un changement favorable du ratio de transformation bancaire ainsi que d’une liquidité bancaire excédentaire, les crédits ont connu une expansion sur la période 2012-2017, évoluant à un TCAM de 20% pour atteindre 5.900 Mds FCFA en 2017.

Cette croissance provient notamment de la forte progression des crédits à moyen terme (TCAM : +27%) à la suite de l’intervention de la BCEAO pour abaisser le ratio de transformation (actifs à long terme / passifs à long terme) de 75% à 50%. Cette nouvelle norme, adoptée en 2015, signifie que les emplois immobilisés ou d’une durée résiduelle supérieure à 2 ans doivent être couverts par des ressources stables à hauteur de 50% seulement, contre 75% auparavant. Cette mesure a donné un coup d’accélérateur aux crédits à moyen terme qui sont passés de 31% des créances en 2012 à 37% en 2015 et à 41% en 2017.

Le secteur bancaire finance essentiellement les grandes entreprises avec 74% des crédits en 2017 et dans une moindre mesure les particuliers (16%) et les petites entreprises (10%). Les secteurs qui ont bénéficié du financement bancaire en 2017 sont essentiellement le commerce et le tourisme (27%), les industries (22%), l’électricité, eau & gaz (11%) et l’agriculture & pêche (11%).

L’encours des crédits des dix premières banques ivoiriennes représente quasiment 90% des crédits du secteur. Evoluant à un taux de 15,7%, les dix premières banques ont connu des parcours très différents en 2017 à cause de leur politique de crédit différente.

Le Produit Net Bancaire

Le Produit Net Bancaire (PNB) du secteur bancaire ivoirien a évolué à un TCAM de 15% sur la période 2012-2017, profitant d’une bonne dynamique crédit/collecte ainsi que d’une solide progression des commissions et des revenus de placement.

Face à une concurrence de plus en plus intense illustrée par le ralentissement de la croissance de la marge d’intérêt (TCAM : +11%), les banques ivoiriennes ont fait le choix de diversifier leurs revenus en développant les services générateurs de commissions et en misant sur l’activité placement. L’évolution des commissions et des revenus de placement a été remarquable avec des TCAM de l’ordre de 16% et 27% respectivement sur la même période.

Les dix premières banques ivoiriennes ont accaparé 85% du PNB du secteur en 2017, évoluant à un rythme plus ferme que le reste du secteur.

La productivité

Parallèlement à une croissance solide de leur cœur de métier, les banques ivoiriennes ont réussi à maitriser progressivement leurs coûts de structure, ramenant leur coefficient d’exploitation moyen de 82% en 2012 à 59% en 2017. Cette performance est le fruit d’une évolution modérée des frais de personnel et des autres frais généraux d’exploitation (TCAM : +8% et + 7% respectivement).

Les dix premières banques de la place ont surperformé le reste du marché en termes de productivité, avec un coefficient d’exploitation à 56% en 2017 contre 59% pour le secteur.

Conclusion et perspectives

Le défi majeur des banques ivoiriennes dans les quatre années à venir est de se conformer aux nouvelles règles prudentielles instaurées par la BCEAO, et qui ont pour objectif de renforcer la résilience du secteur bancaire. Dans cette optique, Eco Bank et NSIA Bank ont déjà levé, en 2017, 45 Mds FCFA et 28,3 Mds FCFA respectivement à travers une offre publique de vente sur la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), renforçant ainsi leurs fonds propres pour aborder les nouvelles exigences de la BCEAO. Dans le même sillage, d’autres banques comme BGFI vont devoir lever les capitaux nécessaires soit à travers une offre publique soit auprès d’investisseurs institutionnels ou privés.

Alors que les grandes banques filiales de groupes régionaux et internationaux sont enclines à mobiliser les fonds nécessaires afin de se conformer aux nouvelles exigences de la BCEAO, certaines petites banques à actionnariat local et notamment les banques étatiques doivent être recapitalisées. La Caisse Nationale des Caisses d’Epargne (CNCE) en est la parfaite illustration. Sous surveillance rapprochée de la Commission Bancaire (autorité de surveillance de l’espace bancaire UMOA), cette banque publique en difficulté depuis des années est en cours de recapitalisation à travers l’injection de 13 Mds FCFA par l’Etat.

L’Etat ivoirien a également entamé un projet de restructuration de cette banque portant sur un changement au niveau du management, un renforcement de la gouvernance, une cession d’actifs immobiliers et un plan de départ volontaire de 300 employés. L’objectif de cette réduction de voilure étant de redresser la CNCE financièrement vu sa large base de clientèle (1 million à peu près) et la stratégie gouvernementale actuelle visant l’ancrage de l’inclusion financière et le relèvement du taux de bancarisation.

Grâce au développement récent du marché financier à travers la création d’un compartiment à la BRVM dédié aux PME, de nouvelles opportunités de financement s’offrent à ces entreprises. Le dilemme sera alors le suivant : recourir au marché financier et obéir à des règles de transparence strictes ou s’endetter auprès des banques avec tout ce que cela implique en termes de garanties, de transparence et d’exposition au risque de taux.

Dans un tel contexte, deux problématiques se posent :

1/ Face à la concurrence du marché financier, les banques ivoiriennes seraient-elles en mesure de tirer parti des nouvelles opportunités de croissance offertes par les PME ?

2/ Le secteur bancaire réussira-t-il à financer les PME tout en respectant les nouvelles règles prudentielles édictées par la BCEAO ?

ilboursa

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