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Secteur privé : l’Afrique du sud et le Kenya inquiètent, l’Ouganda prospère

Secteur privé : l’Afrique du sud et le Kenya inquiètent, l’Ouganda prospère

Les enquêtes de l’indice des gestionnaires d’achat d’entreprises du cabinet IHS Markit révèlent la situation réelle du secteur privé en Afrique du sud, au Kenya et en Ouganda. Pour les deux premiers, le risque d’instabilité politique pèse sur l’activité des entreprises. Pour Kampala, les politiques monétaires donnent déjà leurs fruits.

Une tempête s’annonce pour l’Afrique du sud et le Kenya dans les prochains mois. Ses prémices commencent à devenir visibles au sein du secteur privé des deux pays. Selon l’enquête du Standard Bank compilée par le cabinet IHS Market, l’activité dans le secteur privé sud-africain est tombée à son plus bas en 14 mois en juin. Le Purchasing Managers Index (PMI, indice des gestionnaires d’achat des entreprises) a chuté à 49,0 en juin. L’indice s’engouffre ainsi en dessous du seuil des 50 points qui sépare l’expansion de la contraction. Cette performance impacte directement la création d’emploi mais aussi la productivité et les carnets de commandes des entreprises.

Les stocks des entreprises ont également baissés en juin, ce qui reflète le pessimisme des entreprises, qui ne s’attendent plus, à court et moyen termes, à une reprise de la consommation. « Nous nous attendons à ce que l’indice continue de perdre des points, l’économie sud-africaine étant en lutte contre la faible confiance des entreprises et la lenteur de l’activité économique, comme en témoigne la récente récession (premier trimestre) du PIB », estime le stratégiste de Standard Bank Shireen Darmalingam.

L’instabilité politique, le chômage élevé et les abaissements de la notation de crédit ont frappé la confiance des entreprises et des consommateurs en Afrique du Sud, qui est entré en récession pour la première fois en huit ans au premier trimestre. Le chômage, quant à lui, est à son plus haut niveau depuis 14 ans à 27,7%.

Au Kenya, les présidentielles inquiètent déjà…

Le Kenya ne s’en sort pas mieux. Les données PMI, réalisées cette fois par Stanbik Bank Kenya mais toujours compilées par IHS Markit, marquent une forte détérioration de l’activité du secteur privé kenyan en juin. Il s’agit là de la troisième contraction lors des quatre derniers mois et la chute enregistrée est la plus rapide depuis le lancement de l’indice en janvier 2014. Les entreprises ont connu durant le mois de juin une baisse de la production, alors que les nouvelles commandes restent globalement stagnantes. Conséquence : l’emploi n’a augmenté que légèrement, ce qui a contribué à une accumulation de la charge de travail, malgré la stabilité des affaires.

Parallèlement, la faiblesse de la demande a provoqué l’hésitation des entreprises quant aux achats, y compris les refoulements des stocks d’intrants. La situation s’aggrave avec la hausse que connaissent les prix des matières premières, obligeant ainsi les entreprises à réduire leurs marges pour rester compétitives. En chiffres, le PMI déjà en baisse, a poursuivi sa chute en juin, atteignant 47,3 points. Les perspectives pour le secteur privé au Kenya sont très peu reluisantes, compte tenu des risques d’instabilité avec l’approche de l’élection présidentielle, prévue pour le 8 août.

Ouganda, le bon élève

Parmi les trois pays africains concernés par les enquêtes du cabinet UHS Markit, seul l’Ouganda tire son épingle du jeu. L’activité du secteur privé de ce petit pays enclavé de l’Afrique de l’Est s’est améliorée en juin par rapport au reste de l’année. Ses atouts ? une demande intérieure qui s’apprécie de jour en jour et une politique monétaire plus souple.

Il faut dire que les mesures mises en place par le pays commencent à donner leurs fruits. Cela concerne notamment la décision de la banque centrale du pays de réduire, le mois dernier, son taux directeur à 10%, justement pour doper le crédit aux entreprises et stimuler la croissance. Il faudra tout de même faire preuve de prudence, du côté de Kampala.

Malgré une demande en hausse, les entreprises ougandaises doivent encore faire face à des coûts plus élevés, principalement la charge fiscale, les salaires et les matières premières. Selon les prévisions du cabinet, cette charge devrait augmenter dans les prochains mois. Les experts d’attendent à une pression des taux de changes, puisque l’augmentation de la demande intérieure devrait booster les importations, et ainsi la demande de devise. L’indice enregistre 52,8 points en juin, en augmentation de 1,8 pt par rapport aux 51,0 enregistré en mai. La croissance économique de l’Ouganda a été de 3,9% pour la première moitié de l’année en cours, ce qui reste en dessous d’une prévision initiale de 5,5%.

Mehdi Lahdidi
La Tribune Afrique

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