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Sociétés minières burkinabè : Il s’y passe des choses pas très claires…

Sociétés minières burkinabè : Il s’y passe des choses pas très claires…

Le rapport 2012 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) publié en 2014 pointe le doigt sur un certain nombre de manquements dans la gestion des mines au Burkina Faso. C’est un monde où l’omerta dicte sa loi.

Le secteur minier burkinabé est aujourd’hui considéré comme l’un des plus dynamiques de l’Afrique de l’Ouest. Ces performances de ces dernières années ont permis au Burkina Faso de passer d’un pays à vocation agricole à un pays à vocation minière disposant de potentialités minières aussi importantes que variées réparties sur l’ensemble du territoire. Les principales ressources sont l’or, le cuivre, le zinc, le manganèse, le phosphate et les calcaires. Des indices de diamant, bauxite, nickel et vanadium ont également été répertoriés dans des formations géologiques diverses. Le nombre de titres et autorisations délivrés est passé de 537 en 2008 à 599 en 2009, soit une progression de 11,6%. La production d’or, elle, a connu une forte augmentation au cours des six dernières années en passant de 0,7 tonnes en 2007 à 30,168 tonnes en 2012, faisant du Burkina Faso le quatrième pays producteur d’or en Afrique derrière l’Afrique du Sud, le Ghana et le Mali. Cette augmentation est tirée par l’évolution de l’activité industrielle avec notamment l’entrée en production en 2010 de deux sociétés Essakane et SMB. Désormais, l’or blanc n’est plus le premier produit d’exportation. Il fait place au « vrai or ». Les recettes tirées du secteur minier sont passées de 110, 4 milliards de FCFA en 2011 à 188, 3 milliards de FCFA en 2012 pour atteindre 14% du total des recettes budgétaire de l’Etat. Les produits miniers occupent la première place depuis 2009 dans les recettes d’exportation du Burkina Faso et participent à la réduction du déficit de la balance commerciale du pays. Le total des recettes d’exportations de l’or s’élevaient à 806 milliards en 2012. Si le potentiel minier existe, il n’en demeure pas moins que les contours de son exploitation sont encore mal définis. Certains prennent donc des libertés avec les textes.

Black out sur les propriétaires réels

Au Burkina Faso, l’activité minière est régie par la Loi n° 031-2003/AN du 8 mai 2003 portant code minier. Près de 80% des sites aurifères de grande envergure sont aujourd’hui aux mains d’une poignée de multinationales (Gold Fields, Kalsaka Mining Cluff, Burkina Mining Company (Etruscan), SEMAFO, SOMITA, Essakane SA). Les réformes des codes miniers mis en place dans la plupart des pays africains producteurs depuis la fin des années 1980, sous la pression des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale), ont conduit à privilégier les grandes compagnies d’extraction étrangères, aux dépens des petites sociétés minières d’État et, surtout, des mineurs artisanaux, qui pouvaient autrefois justifier de permis d’exploitation. Conformément à l’exigence “3.11 Propriété réelle” de la norme ITIE, il est recommandé que les pays mettant en oeuvre l’ITIE tiennent un registre public des propriétaires réels des sociétés qui soumissionnent, opèrent ou investissent dans les actifs extractifs, incluant l’identité de leur(s) propriétaire(s) réel(s) et leur degré de participation. Sur une série de sociétés enquêtées en 2012 par l’ITIE, seules 02 étaient en règle. Il s’agit de Nantou Mining (Boundary Venture Limited) et Pan African mineral (Pan African Minerals Ltd). Que cache un tel mépris des textes ?

Où vont les revenus de l’or ?

Le secteur de l’or reste également très opaque sur la question de la redistribution des revenus. La main d’œuvre burkinabè est très bon marché, les mouvements syndicaux sont vite réprimés et les normes environnementales, pas appliquées ou peu contraignantes. Résultat : la marge de bénéfice réalisée par les grandes compagnies minières occidentales est plus importante que dans n’importe quel autre endroit de la planète. Des quatre coins du continent, les communautés dénoncent la pollution effroyable causée par l’extraction industrielle de l’or par les multinationales, le déversement des eaux polluées, les intoxications au cyanure, les normes de sécurité mal appliquées, le déplacement massif des populations locales… Qui va payer la facture sociale et environnementale liée à l’exploitation industrielle de l’or ? Certainement pas les multinationales d’extraction, qui cherchent à se décharger du coût lié à la réhabilitation des sites. La somme des dégradations écologiques et des atteintes à la santé provoquée par l’exploitation des mines d’or à ciel ouvert (qui sont les plus polluantes) va ruiner les régions productrices pour des générations à venir. Il faut donc des mesures conservatoires pour éviter la malédiction de l’or.

Aimé Florentin BATIONO
Pour Ecodafrik

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