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Sonatrach : le coût du bricolage

Sonatrach : le coût du bricolage

Une déclaration loin d’être anodine. Bien qu’elle ne soit pas exempte d’arrière-pensées commerciales, la déclaration du ministre italien du Développement économique, Carlo Calenda sur l’éventualité d’un non-renouvellement du contrat gazier de son pays avec l’Algérie est un véritable camouflet pour la Sonatrach, ses dirigeants et les autorités gouvernementales du secteur.

À plus d’un titre, cette sortie médiatique peut être considérée comme aussi grave, en termes d’image de marque, que les scandales de corruption ayant secoué le géant pétrolier national ces dernières années. En effet, il s’agit là d’une atteinte à la crédibilité et surtout la confiance placée dans la compagnie publique, et par extension, l’État algérien. De nombreux grands groupes énergétiques (et autres) ont pu être mêlés à des affaires de corruption – le groupe italien ENI n’est d’ailleurs pas en reste – mais il est plus difficile de se remettre de telles « accusations » sur un manque de fiabilité de l’approvisionnement.

Dans le cas du scandale de corruption impliquant le management de Sonatrach, un « coup de balai » peut suffire à restaurer une image écornée. En revanche, instiller le doute quant aux capacités de production et à la fiabilité des livraisons est un coup dur porté à la crédibilité du pays. Une crédibilité que l’Algérie n’a cessé de mettre en avant, à tel point que le ministre algérien de l’Énergie, Noureddine Bouterfa s’est empressé d’arracher une déclaration au Commissaire européen à l’Énergie, Miguel Cañete sur « la fiabilité » de l’Algérie en la matière.

La sortie du ministre italien intervient au plus mauvais moment, après la polémique intervenue en pleine vague de froid hivernal entre la Sonatrach et GRTgaz, la filiale de la française Engie (ex-Gaz de France) sur la rupture d’approvisionnement en gaz d’Algérie. Ces deux « coups » médiatiques surviennent alors que la majorité des grands contrats gaziers de la Sonatrach avec ses partenaires européens arrivent à leur terme dans les mois et quelques années à venir.

Ceci est d’autant plus inquiétant que l’Algérie est soumise à une rude concurrence sur le marché énergétique. Avec le gaz de schiste américain de nouveau rentable et des pays comme le Qatar ou l’Azerbaïdjan en embuscade, les négociateurs algériens n’ont pas le droit à l’erreur. C’est précisément vers le gaz azéri que l’Italie fait mine de se tourner.

Cela dit, cette option semble peu crédible, tant l’acheminement par un gazoduc déjà existant et d’un fournisseur géographiquement beaucoup plus proche semble bien plus avantageuse. Par ailleurs, la hantise des Européens occidentaux, consistant à réduire la dépendance à l’égard du gaz russe pour des raisons politiques, serait mise à mal en se tournant vers un pays comme l’Azerbaïdjan, largement vulnérable face au géant russe voisin.

Dans cette affaire, les autorités italiennes font certes preuve d’une certaine « mauvaise foi » à l’égard de l’Algérie mais cette dernière, à travers les dirigeants de la Sonatrach, a tout de même tendu « le bâton pour se faire battre. » On le voit à travers ces déclarations d’officiels italiens, les partenaires de l’Algérie, même historiques et « amicaux », sont prêts à tout pour défendre leurs intérêts.

Sonia Lyes
tsa-algerie.com

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