samedi 25 mai 2019
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Sonatrach : le géant africain qui tient la dragée haute aux leaders mondiaux du secteur de l’énergie

Sonatrach : le géant africain qui tient la dragée haute aux leaders mondiaux du secteur de l’énergie

La société publique algérienne des hydrocarbures (Sonatrach) est une des compagnies énergétiques les plus importantes du monde, représentant au moins 30% du PIB algérien et possédant d’importantes parts de marché dans la livraison de gaz naturel en Europe. En dépit de toutes les critiques, la Sonatrach fait partie des plus grandes sucess-stories du continent.

 

Genèse d’un pionnier africain des hydrocarbures

La Sonatrach (Société nationale pour la recherche, la production, le transport, la transformation, et la commercialisation des hydrocarbures) a été créée le 31 décembre 1963. Son objet social se limitait alors au transport et à la commercialisation du pétrole et du gaz extrait sur le territoire algérien. Seules les entreprises françaises étaient autorisées à exercer dans l’amont. Mais les accords d’Evian pour mettre fin à la guerre d’Algérie viendront progressivement changer le statut de l’entreprise. Ils permettent au gouvernement algérien d’exploiter pleinement les permis de recherche et de réviser le code pétrolier jusque-là en vigueur et mis en place par la puissance coloniale.

La société se lance tête baissée dans la recherche pétrolière, puis très vite, prend conscience du potentiel gazier national. C’est ce dernier combustible qui fera, des années plus tard, sa force.

La société se lance tête baissée dans la recherche pétrolière puis, très vite, prend conscience du potentiel gazier national. C’est ce dernier combustible qui fera, des années plus tard, sa force.

L’entreprise construit, en 1964, un premier oléoduc long de 805 km dénommé OZ1 qui relie Haoud El Harma à Arzew, un point devenu stratégique pour l’aval pétro-gazier dans le pays. Plus tard, elle s’y dotera de son premier complexe de liquéfaction de gaz naturel GL4Z.

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Cette emprise sur le secteur n’est pas du goût des compagnies internationales qui n’ont de cesse de se plaindre.

 

En 1971, le président Houari Boumediene décrète la nationalisation de la société. Ce geste sera de tout temps considéré par les analystes comme le socle de la réussite de Sonatrach. L’Etat confie à la société la tâche de gérer et développer toutes les branches de l’industrie pétrolière et gazière algérienne.

 

La règle du 51/49 : décriée mais efficace

Malgré la nationalisation du pétrole et du gaz, la Sonatrach concède 49% des projets d’exploitation au secteur privé, généralement des compagnies internationales. Elle s’assure une participation majoritaire de 51%. Cette disposition permet à la société de récupérer d’importantes ressources financières issues de la commercialisation des combustibles. Les revenus tirés de l’exploitation du gaz et du pétrole sont donc majoritairement réinjectés dans l’économie.

Ailleurs, au Nigéria ou encore en Angola, les sociétés publiques du pétrole et du gaz ne contrôlent que de faibles participations sur les grands projets. Ces participations excèdent rarement les 25%. Et les futurs producteurs, comme le Sénégal, la Mauritanie et le Mozambique, ont négocié des parts moyennes bien inférieures.

Ailleurs, au Nigéria ou encore en Angola, les sociétés publiques du pétrole et du gaz ne contrôlent que de faibles participations sur les grands projets.

Entre les années 80 et 2000, la production de pétrole et de gaz ne cesse d’évoluer avec le lancement des infrastructures de transformation. Durant les années 2010, des affaires de corruption affectent l’entreprise qui affiche plus de résilience que de nombreuses entreprises énergétiques, malgré de légères baisses de résultats.

En 2017, un rapport de la Banque mondiale indique que la société pèse 58,7 milliards de dollars. Dans le classement des compagnies africaines d’exploitation, elle devance de loin la Sonangol (22,2 milliards de dollars) ou encore la société sud-africaine de communication MTN (17 milliards de dollars).

En 2017, un rapport de la Banque mondiale indique que la société pèse 58,7 milliards de dollars.

Cette année-là (2017), malgré un recul des investissements dû à la baisse des prix du pétrole qui sévit depuis 2014, le chiffre d’affaires de l’entreprise publique s’élève à 33 milliards de dollars, contre environ 28 milliards de dollars l’année précédente. Ceci s’ajoute à une production primaire qui a grimpé de 2% sur la période pour atteindre 197 Mtep, bien qu’à ce niveau la production de brut ait reculé à cause de l’accord de réduction de l’offre des pays de l’OPEP dont l’Algérie est membre.

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Sonatrach occupe la 28e place dans le classement des plus grandes compagnies pétro-gazières du monde (Word Atlas).

 

Cependant, cette emprise sur le secteur n’est pas du goût des compagnies internationales qui n’ont de cesse de se plaindre des conditions financières dissuasives pour l’investissement dans le secteur. Elles estiment que les revenus tirés de l’exploitation des hydrocarbures ne sont pas suffisants et prônent une réforme en profondeur du code pétrolier en vigueur dans le pays. Elles accusent la classe politique de promouvoir des politiques pétrolières conservatrices.

 

Une présence mondiale dans la chaine de valeurs

Selon un classement du site spécialisé américain Word Atlas datant de 2016, Sonatrach occupe la 28e place dans le classement des plus grandes compagnies pétro-gazières du monde. Les dix années précédentes, elle avait réussi à se maintenir à la 12e position devant de nombreuses compagnies de renom. Ce recul s’explique par les effets de la crise pétrolière de 2014 qui a sérieusement affecté ses finances.

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Grâce aux compétences de Sonatrach, l’Algérie est le premier producteur africain de gaz naturel, le 9e du monde.

 

Malgré tout, la Sonatrach reste parmi les plus importantes compagnies pétrolières de la planète, une position qui s’explique par une maitrise de toute la chaine de valeurs du pétrole et du gaz.

La société possède des dizaines de milliers de kilomètres de canalisations qui transportent le pétrole et le gaz, tant en interne qu’en externe. Elle possède des gazoducs qui lui permettent de satisfaire la demande d’une partie de l’Europe en gaz naturel (essentiellement France, Espagne, Italie). Ces gazoducs passent par la Tunisie ou encore le Maroc pour atteindre l’un des marchés du gaz les plus dynamiques du monde. Dans le nord de l’Afrique, des pays comme la Tunisie ou le Maroc bénéficient également du gaz algérien.

Grâce aux compétences de Sonatrach, l’Algérie est le premier producteur africain de gaz naturel, le 9e du monde avec plus de 100 milliards de mètres cubes extraits en 2017. Elle est aussi le troisième producteur africain de pétrole brut (1,5 millions b/j) derrière le Nigéria et l’Angola.

Grâce aux compétences de Sonatrach, l’Algérie est le premier producteur africain de gaz naturel, le 9e du monde avec plus de 100 milliards de mètres cubes extraits en 2017.

Dans l’amont pétrolier, Sonatrach contrôle aussi des actifs d’exploration au Mali, en Tunisie, au Niger, en Libye, en Mauritanie, en Italie, en Espagne, en Grande Bretagne, en France, au Perou et aux Etats-Unis. Les actifs hors Algérie de la Sonatrach sont aux mains de sa filiale Sipex (Sonatrach International Petroleum Exploration and Production Corporation).

Dans l’amont pétrolier, Sonatrach contrôle aussi des actifs d’exploration au Mali, en Tunisie, au Niger, en Libye, en Mauritanie, en Italie, en Espagne, en Grande Bretagne, en France, au Perou et aux Etats-Unis.

En mai 2018, elle a, par exemple, annoncé la découverte d’un gisement d’hydrocarbures sur le permis Kafra, situé à la frontière avec le Niger et mitoyen au permis de prospection Tafassasset.

 

De grandes ambitions pour la pétrochimie

Dans son programme SH 2030, la société compte investir 68 milliards de dollars supplémentaires dans de nouveaux projets à fort impact, avec une attention particulière pour l’industrie pétrochimique. Pour cela, de nombreux projets gaziers sont prévus pour entrer en production sur la période, le gaz étant la matière première de l’industrie de la pétrochimie.

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Siège de Sonatrach Aval à Oran.

 

« L’objectif de Sonatrach n’est pas uniquement d’exporter du gaz naturel en tant que matière première mais de le transformer en produit pétrochimique. Si vous vendez du gaz, vous gagnez 1 dollars, si vous le transformez en produit pétrochimique, vous gagnez dix fois plus », avait déclaré Abdelmoumen Ould Kaddour, le PDG de la société.

« Si vous vendez du gaz, vous gagnez 1 dollars, si vous le transformez en produit pétrochimique, vous gagnez dix fois plus »

Et la société affûte déjà ses armes. En octobre dernier, Sonatrach a signé avec la société française Total un accord pour installer le premier complexe pétrochimique d’Algérie. Le document a été paraphé par Abdelmoumen Ould Kaddour et Patrick Pouyanné, le patron de Total. L’usine génèrera 550 000 tonnes par an et les deux parties dirigeront la production à travers une coentreprise dénommée Sonatrach Total Entreprise Polymère (STEP). Naturellement, Sonatrach en contrôlera 51 % des parts et la société française, le reste. Sa mise en place nécessitera un investissement de 1,4 milliard de dollars.

L’usine génèrera 550 000 tonnes par an et les deux parties dirigeront la production à travers une coentreprise dénommée Sonatrach Total Entreprise Polymère (STEP). Naturellement, Sonatrach en contrôlera 51 % des parts et la société française, le reste.

 

Un accord a également été signé avec la Turquie selon lequel Sonatrach investira 1 milliard de dollars pour mettre en place un complexe pétrochimique dans la zone franche de Yumurtalik d’Adana en Turquie. D’une capacité de 450 000 tonnes de propylène par an, elle sera réalisée grâce au soutien de deux importantes entreprises turques spécialisées dans le secteur pétrochimique, Ronesans et Bayegan. Pour le président turc, Recep Tayyip Erdogan, c’est une opportunité en or pour son pays d’accueillir un tel investissement.

A terme, l’Algérie « vise à exporter des produits pétrochimiques au lieu d’exporter uniquement du gaz naturel. Mais le pays continuera aussi à honorer ses contrats de vente de gaz avec ENI, Enel, Total et les autres clients », rassure le patron de Sonatrach.

 

Olivier de Souza

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