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Succession de Juniac : Antinori, le n°2 d’Emirates, dit non à Air France-KLM

Succession de Juniac : Antinori, le n°2 d’Emirates, dit non à Air France-KLM

Contacté par le cabinet de chasseurs de têtes qui aide le comité de nomination d’Air France-KLM à rechercher un successeur à Alexandre de Juniac, Thierry Antinori, un Français numéro deux d’Emirates, a, selon nos informations, répondu qu’il ne donnait pas suite.

Ceux qui rêvaient de voir Thierry Antinori à la tête d’Air France-KLM seront forcément déçus. Selon nos informations, cet ancien d’Air France et de Lufthansa, aujourd’hui numéro deux d’Emirates, a indiqué ce mercredi au cabinet de chasseurs de têtes Spencer Stuart qui l’avait contacté, qu’il ne donnait pas suite.

Futur DG d’Emirates?

Le cabinet Spencer Stuart a été engagé par le comité de nomination d’Air France-KLM pour l’aider à rechercher le successeur d’Alexandre de Juniac au poste de Pdg d’Air France-KLM. Pour rappel, ce dernier a annoncé il y a une dizaine de jours sa démission surprise pour prendre la tête de la puissante Association internationale du transport aérien (Iata)

A 55 ans en juillet, Thierry Antinori reste donc chez Emirates où il occupe la fonction d’Executive Vice President Chief Commercial Officer depuis près de cinq ans. Certains le considèrent comme le futur directeur général de la compagnie du Golfe le jour où l’actuel CEO, Tim Clark, se retirera.

Thierry Antinori faisait partie, avec Fabrice Brégier, le Pdg d’Airbus, des deux gros calibres inscrits sur la liste des prétendants potentiels élaborée par le comité de nomination du groupe, présidé par Jean-François Dehecq, administrateur d’Air France-KLM et ex-patron de Sanofi.

Mais, peu sont ceux qui les voyaient quitter leur entreprise en pleine croissance pour aller diriger Air France-KLM englué avec des navigants toujours réticents à faire des efforts, avec une rémunération « modeste » dans ce secteur (600.000 euros de fixe avec la possibilité d’obtenir un bonus de 100% en cas d’objectifs réalisés).

Toujours est-il que, pour l’heure, Fabrice Brégier n’a pas officiellement dit non.

Quatre missions principales dans la feuille de route

Selon certaines sources, la feuille de route présentée aux candidats comporte quatre missions principales: rétablir le dialogue social pour réussir les objectifs du plan “Perform 2020″, approfondir les synergies avec KLM, accélérer la digitalisation du groupe, et mettre en place une stratégie de développement en Asie. Le groupe souhaiterait un Français. Le jour n’est donc pas encore venu pour un Hollandais de KLM présider le groupe.

Dressant la semaine dernière le profil de son successeur, Alexandre de Juniac, déclarait qu’il devra être un “réformateur, disposer d’une expérience internationale et placer le client au centre de ses préoccupations”.

Personnalités externes

Cette fameuse liste compte des noms comme Florence Parly (53 ans), aujourd’hui directrice générale déléguée de la SNCF – après avoir quitté Air France en 2014, qu’elle connaît donc très bien. Entrée en 2006, elle fut successivement en charge des acquisitions, directrice du cargo, puis directrice générale adjointe en charge de l’ensemble du réseau court et moyen-courrier.

Autre nom qui circule, celui de Guillaume Pepy (58 ans), président du directoire de la SNCF. Le développement à l’international du groupe, via sa filiale Keolis, et la digitalisation à marche forcée de la SNCF lui permettent de remplir des cases importantes de la feuille route. Pour le volet social, la renégociation des accords d’entreprise à la SNCF sera un bon baromètre pour Guillaume Pepy.

Le nom de Jean-Marc Janaillac (63 ans) le Pdg de Transdev, est également évoqué. Ex-Monsieur “Transport” dans l’équipe de campagne de François Hollande, il a pris fin 2012 la tête de Transdev, entreprise en difficulté, et l’a redressée. Sa gestion de l’épineux dossier de la SNCM, son passé au sein de la compagnie aérienne française AOM où il fut directeur général délégué, constituent de sérieux atouts. D’autant plus qu’il est un proche de François Hollande avec qui il a fréquenté les bancs de HEC et de l’ENA au sein de la fameuse promotion Voltaire.

Philippe Boisseau qui vient de quitter Total où il occupait les fonctions de directeur général de la branche marketing et services et directeur de l’activité énergies nouvelles, est également cité.

Mais, parmi les pistes externes, celle de Jean-François Cirelli, l’ancien vice-président et directeur général de GDF Suez, aujourd’hui président France, Belgique et Luxembourg du poids lourd de la gestion d’actifs BlackRock, ressort de plus en plus. Pour certains, elle serait même en haut de la liste du comité de nomination. Pas sûr néanmoins que cet ancien conseiller économique de Jacques Chirac puis directeur adjoint de Jean-Pierre Raffarin à Matignon convienne au gouvernement actuel.

Deux noms en interne

En interne, seuls deux noms ressortent : Frédéric Gagey, actuel Pdg d’Air France et Lionel Guérin, ancien Pdg d’Airlinair et de Transavia, aujourd’hui directeur général délégué d’Air France en charge de Hop! Air France qu’il préside. Les deux hommes sont âgés de 60 ans.

Pour beaucoup, le scénario le plus simple à mettre en place semble donc de faire monter à la tête du groupe, Frédéric Gagey. “C’est légitime”, estiment certains. Pour beaucoup, il est le favori. Frédéric Gagey a notamment l’avantage en effet de bien connaître KLM pour y avoir été directeur financier pendant de sept ans ans (il parle d’ailleurs le néerlandais). Les Hollandais le soutiennent. Ses détracteurs en revanche mettent en avant l’échec – jusqu’ici – de ses négociations avec les pilotes depuis plus d’un an sur de nouvelles mesures d’économies. Il est clair qu’une signature des syndicats de pilotes de l’accord qui leur a été proposé (il est soumis à signature jusqu’au 2 mai) pourrait lui servir de tremplin. Pour l’heure, les syndicats ne semblent pas disposés à signer.

Lionel Guérin jouit d’une image d’entrepreneur et de réformateur. Il vient de fusionner à marche forcée les trois compagnies régionales du groupe (Regional, Britair, Airlinair), sans heurts sociaux. Ancien pilote, certains le croient capable de trouver une issue avec les syndicats de pilotes. En 2011, après les auditions des prétendants, le comité de nominations l’avait mis en deuxième position après Fabrice Brégier, et devant Alexandre de Juniac.

Si de nombreux observateurs le voyaient davantage à Air France pour succéder à un Frédéric Gagey qui prendrait la tête d’Air France-KLM, plusieurs sources estiment qu’un tel duo est incompatible en raison d’une approche différente des sujets.

Décision rapide

Le groupe veut aller vite. L’objectif est d’être en mesure de présenter le nouveau Pdg lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires, le 19 mai prochain.

“Il est indispensable de présenter un nouveau patron pour le respect de nos actionnaires”, explique une source interne.

Ce qui suppose qu’il soit présenté au conseil d’administration du 3 mai pour que les administrateurs n’aient pas à le découvrir la veille de l’AG. Autrement dit, il ne reste plus qu’une bonne quinzaine de jours pour trancher, sachant que le prochain Pdg devra convenir à l’Etat français, actionnaire à près de 16% mais aussi aux Hollandais de KLM qui, après les tensions observées l’an dernier avec leur collègues d’Air France, surveillent de très près cette nomination.

Le calendrier serré milite pour un choix interne

Pour plusieurs observateurs, “ce calendrier serré milite pour un choix interne”.

Les pilotes sont remontés à bloc. “Ils n’apprécieront pas un choix politique qui viendrait pantoufler. Ils veulent une personne qui connaisse le transport aérien”, explique un syndicaliste.

Beaucoup sont sur la même longueur d’ondes.

“Il faut quelqu’un qui connaisse bien le métier ou, à défaut, qui vienne d’un métier périphérique, comme l’aéronautique”, fait valoir une source interne.

Si l’ampleur de la tâche peut en dissuader plus d’un, la relative “faible” rémunération du poste de Pdg d’Air France-KLM par rapport à la taille de l’entreprise (26 milliards d’euros de chiffre d’affaires) semble exclure toute possibilité d’attirer de l’extérieur un cador du secteur.

Lorsqu’il est passé de la présidence d’Air France à celle d’Air France-KLM en juillet 2013, à une époque où le groupe était fragile, Alexandre de Juniac avait conservé sa rémunération. Sa partie fixe de 600.000 euros n’a pas bougé depuis son entrée à Air France en novembre 2011.

Fabrice Gliszczynski
latribune.fr

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