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Sucre : l’Europe met fin aux quotas à un moment critique

Sucre : l’Europe met fin aux quotas à un moment critique

Les quotas sucriers européens auront vécu leur dernier jour le 30 septembre. Le marché mondial est excédentaire. L’UE a le pied sur l’accélérateur.

L’Europe sucrière va-t-elle basculer dans la crise en supprimant les quotas comme l’a fait l’Europe laitière ? Aucun expert ne nie ce risque. L’UE met un terme ce dimanche à cinquante ans de quotas sucriers à un moment, où le marché mondial baigne dans les excédents. Calendrier malheureux ? Sans doute, car la décision de les supprimer le 1 octobre a déjà quatre ans. Cependant, force est de constater que le moment n’est pas des plus opportuns.

Prix en chute libre

Où que l’on regarde, du côté de l’Asie avec l’Inde, la Thaïlande et la Chine, ou vers le Brésil, la Russie, l’Ukraine et l’UE, les tonnages ont fortement augmenté. La hausse est telle que, les cours mondiaux ont été divisés par deux en douze mois. Fin septembre, la livre de sucre se négociait 0,137 dollar contre 0,232 dollar un an avant. Les experts du cabinet F.O.Licht s’attendent à « une accélération de la production mondiale à plus de 190 millions de tonnes en hausse de 14 millions de tonnes ».

Révolution

Stimulée par sa liberté retrouvée, l’Union européenne , avec un bond de 15% de sa production sur l’exercice 2017-18 est sans doute celle qui va le plus contribuer à accroître la production. « La disparition des quotas est une véritable révolution », dit Alexis Duval, le patron de Tereos, le groupe coopératif, troisième sucrier mondial. «D’un déficit de 2 millions de tonnes en 2016 avec une production de 16 millions de tonnes, l’Union Européenne va passer en 2018 à une production de 20 millions de tonnes et dégager un excédent de 4 millions de tonnes », détaille-t-il.

Du déficit à l’excédent

La France, l’Allemagne et les Pays-Bas sont les pays qui ont le plus accru leurs surfaces betteravières. La France va à elle seule totaliser 60% de l’excédent sucrier européen. L’Allemagne comptera pour 30%, les Pays-Bas pour les 10% restants. Le Royaume-Uni aussi a très fortement développé ses semis mais pas dans une proportion qui compense les perte enregistrées ces deux dernières années, dit l’organisme public FranceAgrimer. Des hausses que Elisabeth Coste de la Confédération internationale des bettraviers européens (CIBE) tient à relativiser pourtant, car « elle fait suite à deux années de production plus faibles que la moyenne ». En 2018, l’UE va mettre 3 ou 4 millions de tonnes de sucre sur le marché mondial, quand le Brésil en exporte 27 millions.

Les concurrents

Conscients de l’extrême compétitivité du sucre brésilien, les sucriers européens n’en ont pas moins confiance dans leurs capacités à gagner des parts de marché. Le Brésil est en effet peu présent sur les produits que l’Union européenne exporte. « Les vrais concurrents sont les raffineurs du Proche et Moyen-Orient qui importent du sucre roux du Brésil pour le raffiner », estime Alexis Duval. Deux enjeux majeurs à l’avenir pour les sucriers. La gestion de la compétitivité et la volatilité. Sur le premier point les entreprises se voient en meilleure position grâce à l’allongement de la campagne sucrière, qui leur permettra de mieux rentabiliser leurs outils industriels.

Des stratégies industrielles différentes

Les deux plus gros groupes français se sont préparés, mais en adoptant des stratégies assez différentes. De longue date implanté au Brésil, Tereos a fait le choix de s’internationaliser encore plus et de créer des co-entreprises en Asie. Cristal Union a préféré viser plus près et tisser sa toile dans le bassin méditerranéen. Les deux groupes coopératifs ferrailleront néanmoins en Afrique, un continent que tous deux convoitent. Le numéro un européen, l’allemand Südzucker, veut veut lui multiplier par deux ou trois ses exportations dans le monde. Dans sa ligne de mire : la région méditerranéenne, l’Afrique et l’Asie.

Les planteurs exposés à la volatilité

Les planteurs aussi se sont préparés au plongeon dans un environnement exposé à tous les vents du marché mondial. Non sans inquiétude. Ils sortent d’un système de prix garanti pour entrer dans une volatilité incontrôlable. « Nous travaillons à la création d’un fonds de stabilisation des revenus qui serait abondé par les planteurs, les fabricants et l’Europe », précise Eric Lainé, le président de la Confédération général des betteraviers (CGB). Mais les discussions n’en sont qu’aux prémices.

Marie-Josée Cougard
lesechos

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