Accueil / Auto & Transports / Tesla Model 3 : le défi industriel de trop pour Elon Musk ?

Tesla Model 3 : le défi industriel de trop pour Elon Musk ?

Tesla Model 3 : le défi industriel de trop pour Elon Musk ?

En lançant Model 3, Tesla veut changer de dimension. Le constructeur de voitures électriques de luxe s’est toutefois imposé des délais extrêmement courts, mais qui ne semblent pas l’effrayer… Les marchés semblent prêts à soutenir cette ambition, mais sans donner de chèque en blanc à Elon Musk.

Jusque-là, Tesla et encore moins Elon Musk, son flamboyant fondateur, n’ont jamais reculé devant aucun défi technologique ! Aujourd’hui, en revanche, le constructeur de voitures électriques de luxe californien doit faire face à un défi d’un autre genre, celui de la montée en cadence industrielle.

La “gigafactory” du Nevada

En lançant Model 3 à 35.000 dollars, quasiment deux fois moins cher que les Model S et Model X, Tesla a clairement signifié sa volonté de passer à une production de masse avec l’objectif de multiplier sa production par cinq. A cette fin, Tesla a lancé dès 2014 la construction dans le Nevada d’une « gigafactory » (usine géante) de 5 milliards de dollars. Cette usine sera réservée à la fabrication de batteries électriques. Il s’agit d’une part de sécuriser l’approvisionnement en batteries lithium, indispensables pour équiper les voitures électriques, mais également d’abaisser le coût de production de celles-ci d’un tiers grâce aux économies d’échelle.

En parallèle, le constructeur est également en train de redimensionner son usine de construction de voitures basée à Fremont, au bord de la baie de San Francisco. Celle-ci doit atteindre ce fameux objectif de 500.000 unités par an dans des délais record, contre 90.000 unités espérées cette année. Une ambition folle qui nécessite une expertise industrielle et logistique affutée. D’autant plus folle que la mise en service de ces deux sites vient d’être avancée de deux ans à 2018 !

La gageure de délais trop courts

Il faut dire que le Model 3, dévoilé début avril, a déjà enregistré près de 400.000 réservations. Attendu fin 2017 aux Etats-Unis, et courant 2018 en Europe, Tesla veut être capable de répondre à la demande. Sauf qu’avec ses capacités actuelles, la firme risque de se retrouver rapidement submergée de commandes insatisfaites.

L’usine actuellement en construction dans le Nevada et celle de Fremont n’ont donc pas le choix et doivent donc accélérer. L’enjeu pour Tesla est donc de tenir les délais sur la mise en place des process industriels, la mise au point des systèmes de production que ce soit de la robotique ou de l’informatique, mais également la formation des 6.500 personnes qui travailleront sur le site, et tout cela avec le souci d’une production de qualité. Une gageure !

Il s’agit également d’éviter les mêmes errements industriels qui ont émaillé le lancement de Model X (photo ci-dessous), le SUV de la marque : retards industriels, défauts de qualité provoquant des rappels… Les deux responsables du programme viennent d’ailleurs d’être remerciés.

model-x

Les marchés moins indulgents avec Elon Musk

Le défi est également critique dans la mesure où Tesla ne dispose plus d’une ligne de crédit illimitée. En 2015, les marchés ont commencé à se méfier de cette marque qui les avait tantôt séduits avec ses produits innovants et son positionnement disruptif, mais dont les bénéfices n’ont encore jamais été au rendez-vous. Au premier trimestre, la société a encore accusé un creusement de ses pertes à 282 millions de dollars, contre 154 millions un an auparavant. Tesla pouvant néanmoins se prévaloir de ventes en forte hausse (+45% à 1,6 milliard de dollars).

Certes, l’incroyable succès du Model 3, (une voiture présentée en images de synthèse, pas livrable avant fin 2017) a redonné une légitimité aux promesses de l’audacieux Elon Musk. D’autant que ces 400.000 réservations ont été accompagnées d’une avance de 1.000 euros chacune, soit une ligne de financement de 400 millions d’euros qui permet à Tesla de se passer en partie des marchés et des banques.

2.000 unités en 2012, 500.000 en 2018 ? “Même pas peur!”

Chez Tesla, on rappelle également que l’usine de Fremont est passée de 2.000 unités en 2012 à 50.000 en 2015, avec un objectif de 90.000 en 2016. Autrement dit, les 500.000 unités en 2018 ? « Même pas peur ! »

En attendant, les marchés ont accordé un répit à Tesla. L’action a grimpé depuis février passant d’un plus bas de 143 dollars à 257 dollars début avril au moment de l’annonce du Model 3. Depuis, l’action a toutefois reflué pour s’établir à 211 dollars aujourd’hui. Une façon de dire qu’Elon Musk ne dispose pas d’un chèque en blanc…

Nabil Bourassi
latribune.fr

Aller en haut