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TF1 : accord avec Orange, bras de fer avec Free et Canal

TF1 : accord avec Orange, bras de fer avec Free et Canal

La guerre ouverte entre le groupe TF1 et ses diffuseurs est loin d’être terminée. Si Canal+ a rouvert le signal partiellement pour ses abonnés satellite, et qu’Orange a finalement signé un accord hier soir, Free menace toujours de se passer des chaînes de la «Une». Retour sur un bras de fer inédit.

À l’heure où les séries télé françaises sont de plus en plus inventives et s’exportent, la réalité a comme rattrapé la fiction avec le bras de fer qui oppose depuis plusieurs mois maintenant le groupe TF1 à ses diffuseurs et qui ferait un excellent scénario. De fait, de rebondissements en rebondissements, de déclarations fracassantes en communiqués vengeurs, de coupure en rétablissement de signal, cette guerre des écrans a pris une ampleur inédite dans l’histoire de l’audiovisuel français sous l’œil inquiet, indifférent ou goguenard des téléspectateurs.

L’origine du conflit

Pour faire simple, l’origine de ce conflit, d’abord commercial, vient d’une décision du groupe TF1, présidé par Gilles Pélisson depuis le 19 février 2016. Cet ancien dirigeant de McDonald’s et d’EuroDisney, diplômé de l’Essec et titulaire d’un MBA d’Harvard, souhaite imposer un nouveau modèle économique pour préparer l’avenir de TF1, alors que le numérique prend de plus en plus d’ampleur et que le marché de la publicité va vraisemblablement basculer de la télévision vers internet. Aux États-Unis d’ailleurs, c’est déjà le cas : en 2016, les dépenses publicitaires en ligne ont été supérieures à celles sur la télévision… Dès lors, il devient urgent pour le groupe audiovisuel privé TF1 à la fois de se diversifier, notamment dans la production (rachat récent de Newen) et dans l’internet (rachat de Minutebuzz et aufemimin.com). Mais aussi de mieux monétiser ses contenus. Car TF1 vient de signer un gros chèque pour acquérir les droits de diffusion de la coupe du monde de football 2018 en Russie. TF1 et BeIN Sports ont, en effet, déboursé au total une somme avoisinant les 130 M€ (le partage des investissements entre les deux groupes n’a pas été dévoilé par la FIFA). À quelque mois de ce rendez-vous sportif très attendu par les téléspectateurs, Gilles Pélisson pense disposer d’un argument de poids pour peser sur ses diffuseurs et leur réclamer une contribution pour ses chaînes qui étaient mises à disposition gratuitement. Le PDG, qui estime qu’elles sont un produit d’appel pour les abonnés des box des diffuseurs, espère ainsi engranger quelque 100 millions d’euros de recettes annuelles…

 

Le bras de fer s’envenime

Mais Gilles Pélisson a-t-il eu les yeux plus gros que le ventre ? Un accord a certes été trouvé rapidement avec la filiale Bouygues Telecom et avec Altice-SFR. Comme TF1, le groupe de Patrick Drahi est soumis aux mêmes enjeux d’évolution économique de ses chaînes et aurait conclu un accord à 10 millions d’euros par an. Mais il en allait tout autrement avec le groupe Canal, le n° 1 des Télécoms Orange et le trublion Free.

Pour Orange, jusqu’à hier soir, il n’était pas question de passer à la caisse pour répondre aux exigences de TF1 jugées exorbitantes. L’opérateur historique français avait pourtant déjà signé un accord avec le groupe M6 présidé par Nicolas de Tavernost mais pour moins de 20 millions d’euros. «M6 a fait un pas en avant, nous aussi. Chez TF1, non», observait début février une source proche d’Orange. Chez l’opérateur historique, on considérait alors que le package de TF1 (les chaînes avec les services associés comme la 4K, les avant-premières etc.) ne valait pas le prix demandé et en tout cas pas plus que ce qui avait été conclu avec M6. De quoi faire s’étrangler TF1 qui argue alors que ses audiences sont le double de celles de M6…

«Nos demandes n’ont rien de mirobolant, contrairement à ce qu’on essaie de faire croire», martelait mercredi Gilles Pélisson, qui sortait la calculette. «Si un opérateur a 5 millions de box, ça fait 4 euros par abonné et par an, soit 33 centimes par mois ! C’est moins de 1 % de ce que paye un abonné tous les mois.» «Nous ne voulons pas priver nos clients de TF1, mais Orange est opposé au principe d’une rémunération pour distribuer des contenus gratuits», rétorquait Stéphane Richard, le PDG d’Orange, qui se disait prêt à «couper TF1». Dialogue de sourd…

Et M. Richard de rajouter, menaçant : «Quelle que soit l’activité, ce n’est pas une bonne option de se fâcher avec ses distributeurs. C’est une grosse prise de risque. Que se passerait-il si Free et Orange coupaient à leur tour le signal ?»

Coupures et rétablissement

La coupure justement n’est pas venue de l’un ou l’autre des opérateurs télécoms mais de Canal+. La semaine dernière, le groupe de Vincent Bolloré décide de couper le signal de TF1 pour les abonnés Canal de ses box mais aussi ceux de CanalSat, son offre satellite… utilisée notamment par ceux qui captent mal les chaînes par la TNT. Pour ces téléspectateurs isolés, impossible de récupérer TF1 par l’antenne… C’est l’écran noir. Le simple «conflit commercial» devient alors affaire publique et la ministre de la Culture Françoise Nyssen somme Canal de rétablir TF1. Le groupe obtempère et rouvre le signal sur son offre TNT… mais pas sur ses box. Situation ubuesque qui menace de se reproduire avec Orange (6,9 millions de box avec TV) et Free (6 millions).

L’arme des audiences

C’est qu’avec la coupure du signal, les diffuseurs tiennent une arme fatale qui impacte les audiences de TF1. Après la décision de Canal, celles des journaux et de plusieurs programmes de la «Une» dont The Voice ont subi de lourdes pertes en téléspectateurs. Gilles Pélisson se dit malgré tout confiant. Avec raison.

Hier soir, Orange et TF1 annoncent contre toute attente avoir signé un «nouvel accord de distribution global» des chaînes du groupe. Orange ne coupera donc pas TF1 et le service de télévision de rattrapage MyTF1, suspendu le 1er février par TF1, sera de retour pour les abonnés d’Orange lundi 12 mars prochain.

Reste maintenant à TF1 à convaincre Canal et Free – qui a menacé de couper le signal si TF1 ne signe pas sa proposition – de conclure avec lui un accord de distribution. La guerre des écrans n’est pas encore finie…

Philippe Rioux 

ladepeche

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