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Total parie sur le gaz australien pour approvisionner l’Asie

Total parie sur le gaz australien pour approvisionner l’Asie

Le japonais Inpex et le groupe français démarrent la production de gaz naturel liquéfié dans leur nouvelle usine australienne. La facture du projet est passée de 34 à 40 milliards de dollars.

Le Pacific Breeze, un navire méthanier battant pavillon des îles Marshall, vient de quitter le port de Darwin, sur la côte Nord de l’Australie. Il transporte vers le Japon la première cargaison de gaz naturel liquéfié (GNL) issue du projet Ichthys. Le démarrage d’Ichthys est une étape cruciale pour le japonais Inpex, qui est son opérateur, ainsi que pour Total, qui en détient 30 %. Même à l’échelle des méga-projets gaziers de ces dernières années, celui-ci est hors normes.

« C’est un projet complexe et à forte intensité capitalistique qui représente un succès majeur pour Total et ses partenaires », commente Claudio Steuer, chercheur à l’Oxford Institute for Energy Studies. Le gaz est pompé au fond de la mer de Timor, à 220 kilomètres des côtes australiennes. La molécule est ensuite acheminée par un gazoduc sous-marin long de 890 kilomètres jusqu’à l’usine de liquéfaction de Darwin, où elle est transformée en GNL puis chargée à bord de navires et exportée, essentiellement vers le Japon et Taïwan.

Surchauffe

Prouesse technique, Ichthys s’est néanmoins avéré extrêmement onéreux pour Total et son partenaire. Le projet a connu des dérapages. Il aura coûté 40 milliards de dollars américains, six milliards de plus que prévu. Il a été lancé en 2012, au moment où les prix des hydrocarbures étaient au plus haut. Les coûts de main-d’oeuvre ont été plus importants qu’espéré, de même que les équipements, fabriqués dans les chantiers navals coréens au moment où la surchauffe du marché faisait exploser les prix. Les retards se sont accumulés.

Ichthys est l’un des projets de GNL les plus chers de ces dernières années, aux côtés d’autres projets australiens comme Gorgon et Wheatstone, opérés par l’américain Chevron, ou Prelude, de l’anglo-néerlandais Shell, souligne l’Oxford Institute for Energy Studies. Il est vrai qu’Ichthys produira aussi du gaz de pétrole liquéfié et des condensats, ce qui le rend plus intéressant pour Total et Inpex.

Coûts réduits

« Les coûts élevés étaient la norme durant la période 2010-2014, dominée par des projets ambitieux dans des régions isolées nécessitant le développement d’infrastructures importantes, analyse Claudio Steuer. Dans l’environnement économique et de prix de l’énergie actuel, un projet aussi complexe et coûteux qu’Ichthys serait probablement retardé en attendant que les coûts puissent être significativement réduits. »

Depuis le pic d’il y a quatre ans, les coûts ont diminué de 30 %, 50 %, voire plus, observe le chercheur. Déjà pour Yamal, en Sibérie, Total et son partenaire russe Novatek ont fait appel à des chantiers navals chinois , plus compétitifs. Et pour Arctic LNG 2 , les deux groupes prévoient des coûts inférieurs d’au moins 30 % à ceux de Yamal.

Quarante ans d’exploitation

Trop cher, Ichthys va néanmoins générer d’abondantes liquidités pour Total pendant les quarante années d’exploitation prévues. Le projet doit commercialiser près de neuf millions de tonnes de GNL par an.

La grande majorité de la production a d’ores et déjà été prévendue à des acheteurs japonais et taïwanais dans le cadre de contrats de long terme (20 ans) dont les prix sont indexés sur ceux du baril de pétrole.

Vincent Collen
lesechos.fr

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