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Total poursuit discrètement ses investissements en Russie

Total poursuit discrètement ses investissements en Russie
Localisée à Vorsino, 200km au sud de Moscou, l'usine, dont la construction a démarré mardi, produira annuellement 40.000 tonnes de lubrifiants à partir de 2018, et à terme 75.000 tonnes, si les ventes continuent de progresser. (Crédits : Reuters)

Malgré les risques, Total continue à investir en Russie. Dernier projet en date, une usine de lubrifiants au sud de Moscou dont le chantier a démarré mardi. Le montant de l’opération s’élève à quelque 45,6 millions d’euros.

 

Les grands groupes français prêts à risquer leur argent sur le marché russe se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une seule main. Total en fait partie, avec un investissement, certes modeste, de 50 millions de dollars (45,6 millions d’euros) pour une usine de lubrifiants destinée au marché russe.

Localisée à Vorsino, 200km au sud de Moscou, l’usine, dont la construction a démarré mardi, produira annuellement 40.000 tonnes de lubrifiants à partir de 2018, et à terme 75.000 tonnes, si les ventes continuent de progresser. “Total Vostok”, la division lubrifiants en Russie du groupe Total, prévoit de localiser la production de ses marques Quartz et Rubia (huiles moteur), Azolla et Equivis (huiles hydrauliques), et les huiles industrielles Seriola et Carter.

Le cinquième marché mondial de lubrifiants

“La Russie est le 5e marché lubrifiants dans le monde et au travers de cet investissement industriel, Total souhaite y accélérer son développement pour y renforcer encore sa présence et y poursuivre sa croissance », indique le président directeur général de Total Patrick Pouyanné, dans un communiqué. La part de marché des huiles moteur de Total Vostok sur le marché russe demeure modeste (3%) et les objectifs du groupe français n’ont rien d’affolant : “monter de 1% ou 2% à moyen terme”, explique à la Tribune Oxana Repkina, directrice du département marketing chez Total Vostok. La stratégie commerciale de Total Vostok est “confidentielle”, note la directrice marketing, qui souligne aussi que la croissance des ventes du groupe était “à deux chiffres au cours des dernières années”. Un résultat qui contraste avec la sévère contraction du marché automobile et la plongée des ventes de voitures neuves au rythme de -20% par an depuis 2013.

Moscou veut réduire sa dépendance aux importations

Le groupe français met l’accent sur le fait que son investissement “s’inscrit dans la politique de localisation promue par les autorités russes pour réduire la dépendance aux importations”. Une référence à un programme gouvernemental mis au point après l’imposition de sanctions occidentales contre la Russie en 2014, et qui tarde à porter ses fruits. Total, qui créera 50 emplois sur le site, a obtenu la bénédiction du gouverneur local Anatoly Artamonov, connu pour avoir su attirer un grand nombre d’usines étrangères dans sa région de Kalouga.

Les efforts de Total pour plaire aux autorités russes sont doublés d’efforts pour passer inaperçus. Seule la presse régionale de Kalouga fut invitée mardi à la cérémonie de pose de la première pierre. En d’autres temps, Total aurait mis davantage de faste pour promouvoir son expansion. L’annonce intervient en effet à contre-temps de l’agenda politique franco-russe, alors que les relations bilatérales n’ont jamais été aussi mauvaises en 25 ans. Vladimir Poutine a annulé sa visite à Paris, qui devait se dérouler le 19 octobre, vexé par les conditions fixées par François Hollande, consistant à limiter la rencontre aux discussions sur la Syrie. “C’est pour protéger le business de Total aux Etats-Unis”, pense de son côté un homme d’affaires français proche du groupe pétrolier.
Premier investisseur français en Russie

De loin le plus gros investisseur hexagonal en Russie, Total a investit autour de 10 milliards de dollars en 25 ans de présence sur le marché. Le “royaume” de Vladimir Poutine représente 9% de la production totale du groupe français (290.000 barils équivalent-pétrole par jour) et devrait voir son importance croître à travers sa participation de 18,9% dans le groupe gazier russe Novatek et le gigantesque projet GNL de Yamal.

Emmanuel Grynszpan / latribune.fr

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