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Toujours plus de capitaux vers l’Afrique

Toujours plus de capitaux vers l’Afrique

Les capitaux entrants vers les pays africains vont dépasser les 193 milliards de dollars.

“Le commerce plutôt que l’aide” (“trade not aid”) aimait à clamer Bill Clinton à propos de l’Afrique. Les faits semblent confirmer ce slogan. Depuis trois ans, les échanges du continent avec le reste du monde retrouvent des sommets, autour de 1 200 milliards de dollars par an. Mais l’ancien président américain aurait pu décliner sa formule sur un autre terrain, celui des flux financiers. Cette année, les capitaux entrants vers les 54 pays africains dépasseront 193 milliards de dollars, quatre fois le niveau de 2000. Un record absolu.

Ce chiffre est une prévision de la Banque africaine de développement (BAD) et de l’OCDE dans un rapport d’avril. Il représentera plus de 7 % du PB agrégé du continent ! Sur ce total, les investissements directs dépasseront (de peu) l’aide au développement : infrastructures, fusions-acquisitions, projets greenfield comme celui de PSA au Maroc ou du Nigérian Dangote un peu partout sur le continent. L’Afrique capte toujours les capitaux. C’est ce que vient aussi d’estimer la Cnuced, le 24 juin. Dans son rapport de référence sur les investissements directs étrangers (IDE), celle-ci estime que les flux d’IDE vers l’Afrique sont restés stables l’an dernier à 54 milliards de dollars. Un bon point car les investissements étrangers ont chuté de 16 % à l’échelle mondiale. Bref, « l’afroptimisme » semble encore en vigueur pour les investisseurs.

Du dynamisme

Avec un facteur encourageant : selon la BAD, la moitié des IDE en Afrique ciblent le marché intérieur et non les secteurs de rentes minérales ou agricoles. Les services et les télécoms s’avèrent toujours dynamiques. C’est que l’économie africaine continue de se distinguer par sa vigueur. Pour 2015, la BAD parie sur une croissance de 4,5 %, puis de 5 % en 2016, la deuxième performance mondiale derrière l’Asie. Avec comme point chaud, l’Afrique de l’Est. Pour autant, rien n’est acquis concernant la dynamique du continent noir qui risque de pâtir du faible prix des matières premières. Instabilité politique et conflits, pandémies (sida, ebola…), corruption et mauvaise gouvernance, flux financiers illicites… demeurent des maux chroniques qui l’empêchent d’approcher les rythmes de croissance connus par l’Asie émergente, ces dernières décennies.

C’est ce que viennent de rappeler des études récentes du Word Economic Forum ou d’EY. Quant à l’apport record de capitaux extérieurs, il masque les trop faibles ressources fiscales de la plupart des pays. L’argent venu d’ailleurs, c’est bien, les impôts locaux c’est mieux… même si certains , éloignés, y pallient à leur manière. L’an dernier, selon la BAD, les transferts financiers des migrants, près de 62 milliards de dollars, ont constitué la première source extérieure de financement du continent !

Pierre-Olivier Rouaud
usinenouvelle.com

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