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Tromperie du consommateur et falsification : Les frères Obouf reconnaissent les faits

Tromperie du consommateur et falsification : Les frères Obouf reconnaissent les faits

Les frères Obouf, Boureima Ouédraogo (Président du conseil d’administration) et Noufou Ouédraogo (Directeur général), ont reconnu avoir utilisé une machine pour falsifier les dates de péremption de boissons en canettes, lors de leur procès, ce 27 mars 2015. Mais ils affirment n’avoir mis aucune canette sur le marché et déclarent n’avoir pas voulu nuire à la santé des Burkinabè. Après près de quinze heures d’audience et une demande de renvoi refusée (voir), le dossier a été mis en délibéré pour le 3 avril 2015.

Débuté aux environs de 8h, les interrogatoires ont duré toute la journée. Les plaidoiries n’ont commencé qu’aux environs de 18h00.

Boureima Ouédraogo a été le premier appelé à la barre. Accusé de « tromperie aggravée du consommateur » et « provocation de machine à usage de falsification », Boureima Ouédraogo a reconnu les faits. Son frère, Noufou Ouédraogo, donnera également la même réponse.

« J’aime mon peuple ». Mais tout au long de leur interrogatoire, ils nieront catégoriquement avoir voulu faire du mal aux Burkinabè. « J’aime mon pays, j’aime mon peuple », a longtemps répété le PCA d’OBOUF SA.

Des affirmations des deux frères, il ressort que les marchandises incriminées (estimées à 330 millions de F CFA) ont été importées de Tunisie et ont transité à Abidjan. Mais arrivées au Burkina, leurs dates de péremption étaient presque à échéance.

Un engagement sur l’honneur, datant de novembre 2014, a été produit devant le tribunal, dans lequel Noufou Ouédraogo déclarait au Laboratoire de Santé publique qu’il reconnaissait que les boissons étaient périmées, et compte tenu de l’espace de stockage insuffisant dans les services de douane, il les stockerait dans son entrepôt, en attendant leur destruction.

Mais la société Obouf n’aurait apparemment pas tenu parole puisqu’interviendra la falsification des produits incriminés. Boureima Ouédraogo et son frère chargeront leurs fournisseurs.

D’abord, parce qu’ils seraient là la base de l’arrivée « tardive » de la marchandise au Burkina et ensuite, parce que ce seraient eux qui leur ont assuré que les produits n’étaient pas impropres à la consommation.

Deux machines… Ils affirment aussi que ce sont les mêmes « partenaires » qui ont suggéré l’achat de la machine à marquage pour falsifier les dates de péremption. Mais Boureima Ouédraogo dira plus tard que c’est lui qui a acheté la machine, non pas, affirme-t-il, pour falsifier les canettes de boissons, mais dans le cadre d’un projet d’installation d’une nouvelle usine.

Une autre machine à datation a toutefois été découverte dans l’entrepôt, mais un peu plus usée. Boureima Ouédraogo dira que cette machine est venue en même temps que la première.

Le technicien supérieur de maintenance industrielle, Ferchichi Rachid, dépêché de Tunisie et arrivé à Ouaga le 12 février pour installer et tester l’engin incriminé, dira cependant que sa société n’a envoyé que deux machines, toutes les deux neuves, une pour imprimer les dates et une autre pour emballer les canettes

Certitude. Du reste, les frères Obouf affirment que c’est la première fois qu’ils se livraient à ce type de pratique et qu’ils l’ont fait avec la certitude que les produits étaient propres à la consommation humaine et parce qu’ils croyaient en la parole de leurs fournisseurs.

Cependant, aucune canette n’a été sortie de l’entrepôt et que la falsification n’a commencé qu’à partir du 17 février. A la question du juge de savoir ce qu’ils comptaient faire des boissons falsifiées, Noufou Ouédraogo répond qu’il les aurait commercialisées s’il en avait eu la possibilité.

Mais ayant reconnu la dangerosité de leur acte, les frères Obouf ont déclaré qu’on ne les y reprendra plus. Boureima Ouédraogo a même demandé la clémence des Burkinabè, invoquant ses 36 ans de commerce sans condamnation. « On a plus fait de bien que de mal à ce pays« , dira-t-il.

Les onze autres prévenus, poursuivis pour non dénonciation d’une infraction de tromperie du consommateur, pour la plupart des chauffeurs, un gardien, des mécaniciens, un vendeur de pièces détachées et un conducteur du Tunisien, n’ont pas reconnu les faits qui leur sont reprochés.

12 mois de prison. La séance a été suspendue aux environs de 18h et a été reprise quelques dizaines de minutes plus tard pour les plaidoiries.

Dans son réquisitoire, le procureur du Faso a demandé un an de prison ferme et 10 millions de F CFA d’amende pour chacun des deux frères Obouf. Il a requis pour la société OBOUF SA, une amende 10 millions de F CFA et une condamnation à une peine complémentaire, à savoir la publication de la décision dans des journaux pendant une durée d’un mois.

Le Procureur a demandé trois mois de prison ferme et 5 millions de F CFA d’amende pour le Tunisien.

Il a requis la relaxe pour huit prévenus au bénéfice du doute ou pour insuffisance de preuves, et trois mois de prison ferme pour Gaoussou Ouédraogo (vendeur de pièces détachées), deux mois de prison ferme pour Tasséré Ouédraogo (magasinier chez Obouf) et trois mois de prison avec sursis pour Yassia Zono, chauffeur et livreur du groupe Obouf.

L’Agent judiciaire du trésor a demandé 21 millions de F CFA à titres de dommages et intérêts.

Coca Cola, partie civile, a demandé un franc symbolique et le retrait du marché par Obouf de tous les produits de sa marque et le paiement de 3 millions de F CFA au titre des frais non compris aux dépens.

L’avocate des prévenus, Me Antoinette Ouédraogo, a demandé la clémence du tribunal. Elle rappelle que les frères Obouf ont demandé pardon au peuple burkinabè. Elle a aussi ajouté que la société burkinabè perdrait à mettre en prison Boureima Ouédraogo pendant 12 mois alors que toutes ses activités sont aux arrêts, menaçant de chômage ses 600 employés.

« Je demande pardon aux Burkinabè ». Lui ayant donné la parole pour son dernier mot, Boureima Ouédraogo a dit remettre son sort entre les mains de la justice car il a confiance en elle. Toutefois, il a demandé pardon aux Burkinabè et a souligné qu’il ne les a pas trompés durant ses 36 ans d’exercice du commerce. « Moi mes enfants, il n’y a pas ce jour où ils vont aller à l’école sans prendre ces canettes« , a-t-il déclaré. A noter qu’il a 9 enfants.

Après environ treize heures d’audience (8h à 21h), le juge a mis le dossier en délibéré pour le 3 avril 2015 à 8h au TGI de Ouagadougou.

burkina24.com

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