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Tunisie – “Investment & Entrepreneurship” : la start-up démocratie se met en orbite de relance

Tunisie – “Investment & Entrepreneurship” : la start-up démocratie se met en orbite de relance

L’occasion est donnée par la conférence sur l’Investissement et l’Entreprenariat organisée ce 5 mars à Tunis par le programme de l’Aspen Institute intitulé “Partners for a New Beginning – North Africa Partnership for Economic Opportunity” (PNB-NAPEO), le Département d’Etat américain et la Chambre de commerce tuniso-américaine (Amcham Tunisie). Objectif visé : mettre à portée des 10 millions de Tunisiens un marché de 800 millions de consommateurs.

Le Point Afrique : Un forum que vous avez initié avec d’autres partenaires, une Chambre de commerce avec vous-même, une femme, à sa tête. Que pouvez-vous nous en dire ?

Amel Bouchamaoui : Je suis femme et tunisienne. Je préside le conseil d’administration du groupe familial HBG Holding. Par rapport à l’Amcham Tunisie, j’ai été élue démocratiquement à sa tête en avril 2011 pour un premier mandat de deux ans. Aujourd’hui, j’en suis à mon second et dernier mandat. Qu’est-ce que donc l’Amcham, autrement dit la Chambre de commerce tuniso-américaine ? C’est une structure qui effectue du lobbying pour le compte des sociétés américaines installées en Tunisie, de même pour des sociétés tunisiennes en relation avec les USA. Nous réalisons également des missions ciblées aux Etats-Unis afin de rencontrer des membres du Congrès et des sénateurs, en vue de promouvoir le site attractif tunisien. Par exemple, lors de l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis à Tunis, nous avons tout fait pour que celle-ci retire de son site l’annonce négative. Même si l’attaque a eu lieu, elle était le fait d’un groupe limité non représentatif de l’ensemble de la population tunisienne. Cela ne justifiait pas de condamner tout le pays pour un acte isolé. Nous accompagnons également des sociétés américaines présentes sur le sol tunisien en cas de difficultés et nous facilitons leurs relations avec l’administration tunisienne.

Enfin, en avril dernier, nous avons été associés à la visite de l’ancien chef du gouvernement, Mehdi Jomâa, aux USA. A cette occasion, il a été procédé au lancement du dialogue stratégique qui constitue une première : ce processus doit permettre de booster et donner un nouvel élan aux relations tuniso-américaines. En marge de ce dialogue, une délégation de la Chambre a organisé des rencontres avec les différentes communautés d’affaires américaines ainsi qu’avec la diaspora tunisienne qui évolue aux USA. Nous avons par ailleurs rencontré des sénateurs, membres du Congrès et des institutions de lobbying pour présenter le site Tunisie en tant que plateforme d’investissement qui peut servir de base pour toute la région Moyen-Orient et Afrique. C’est un travail continu auquel s’attache notre Chambre.

Ce forum se tient moins de deux mois après les élections tunisiennes et le retour de la stabilité politique. Ce n’est pas un hasard…

La Tunisie a jusque-là réussi sa transition politique et, en tant que Tunisiens, nous sommes très fiers de cet exploit. Des élections parlementaires et présidentielles transparentes ont abouti à la mise en place d’un gouvernement. Nous sommes passés du provisoire au permanent, ce qui est très important. Entretemps, nous avons adopté une constitution progressive, un acquis fondamental, ce qui donne plus de visibilité aux investisseurs potentiels et les sécurise. La transition politique réussie, nous devons maintenant réussir la transition économique. Cette conférence, qui tombe à point nommé, est le premier rendez-vous pour le gouvernement nouvellement nommé. Parmi les 500 participants, il y a des hommes d’affaires, américains et tunisiens, mais aussi des acteurs économiques en provenance du Maghreb (Maroc, Algérie et Libye). Madame Penny Pritzker, secrétaire d’Etat au Commerce, et Madame Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’Etat américaine sont attendus.

Quel est l’objet de cette rencontre ?

La conférence a comme thème “Tirer partie des partenariats stratégiques”. Les secteurs public et privé sont bien représentés ainsi que les agences internationales. Quand j’ai été élue, le slogan de la Chambre était “Transformer une vision en action”. C’est ce que nous avons fait. Aujourd’hui, il est devenu “Aller de l’avant” et c’est ce que nous sommes en train de réaliser avec la conférence.

C’est le premier évènement d’importance de cette IIe République tunisienne, une plateforme qui servira d’impulsion initiale à la relance de l’économie post-révolutionnaire. Cette conférence constitue aussi une manifestation économique internationale, avec une empreinte américaine et maghrébine, de nature à faciliter l’intégration régionale avec la Tunisie, comme centre d’intérêt et d’affaires Nord-Sud. Ce qui nous a marqué, c’est la grande implication du nouveau gouvernement avec qui nous avons plusieurs objectifs communs, dont celui de pousser l’économie vers l’avant, d’essayer de booster les investissements étrangers en Tunisie et, par conséquent, decréer des emplois. Nous avons la ferme intention de nous soutenir mutuellement avec le nouveau gouvernement pour atteindre les objectifs économiques communément recherchés. Nous attendons que le gouvernement tunisien adresse un message fort dans le sens du soutien de cette transition économique. A destination notamment de la communauté d’affaires tunisienne dont le secteur privé qui n’a jamais cessé de soutenir l’économie tunisienne et d’investir. A destination également des sociétés étrangères, des investisseurs et multinationales. Au-delà, nous attendons un message de réconfort pour dire que la sécurité est de retour et que la Tunisie a le potentiel de servir deplateforme pour ces entreprises aussi bien pour desservir le marché local que le marché régional : Maghreb, Afrique subsaharienne…

A notre niveau, à l’Amcham, nous attendons également un message fort de la part des hauts responsables américains. Il y a toujours eu des relations d’égal à égal avec nos partenaires américains et nous pensons que nous pouvons avoir un partenariat win-win. Il est impératif que nos partenaires étrangers, américains en particulier, soutiennent la transition économique de la Tunisie parce qu’il y va de l’intérêt, non pas uniquement du pays mais de la région toute entière, de par l’investissement et la création d’emploi. Ce rendez-vous est important pour montrer à la communauté internationale le visage “new look” de cette Tunisie, sereine, ouverte, riche d’une civilisation de plus de trois millénaires, composé de patriotes. Nous nous devons d’être ouverts à d’autres partenaires, parce que nous évoluons aujourd’hui dans un monde ouvert et sans frontières. Nous devons travailler avec ces partenaires, tout en conservant notre identité.

Quel est l’état des relations américano-tunisiennes ?

La présence des multinationales américaines en Tunisie n’est pas très importante si on la compare aux autres. On compte moins de 70 sociétés américaines sur 3200 sociétés étrangères. Mais le chiffre n’est pas très représentatif parce qu’il ne tient pas compte de la valeur ajoutée des entreprises installées ici. Il ne traduit pas non plus la dimension des relations entre les deux pays. C’est pourquoi, parmi nos objectifs, nous devons oeuvrer à élever ce chiffre. Les Etats-Unis, c’est 7648 millions US$ d’investissements, la plupart dans le domaine de l’urbanisme et de l’énergie. Elles mobilisent 14000 emplois, toute catégorie confondue. Nous avons des accords avec les américains mais aspirons aujourd’hui à avoir un accord de libre échange (free trade agreement). Un avantage compétitif qui nous manque comparé à d’autres pays de la région, et ce sur le même modèle que l’accord privilégie que nous avons avec l’Europe. Il n’est pas question de remplacer un partenariat par un autre. Le but est d’évoluer dans un monde ouvert aux partenariats multiples. Nous payons un prix très élevé du fait que nous n’avons pas un Maghreb uni. Nous devrions imiter les Européens, qui, mêmes s’ils ont des marchés concurrentiels, ont su s’associer et travailler ensemble.

Nous, au Maghreb, nous avons des marchés compétitifs mais nous ne pouvons pas avancer seuls dans ce monde, ensemble nous sommes plus forts ! Il faut travailler sur cette intégration maghrébine. On l’a compris. Il s’agit donc de promouvoir la destination Tunisie.

Quels sont ses atouts par rapport à l’Egypte ou le Maroc qui eux aussi se positionnent comme des portes d’entrée de l’Afrique ?

Il y a des atouts qui sont des évidences. Le positionnement géographique de la Tunisie, une population hautement éduquée et formée, donc prête à être employée, des infrastructures, des ports et aéroports ; des accords de libre échange avec un certain nombre de pays et en plus c’est un pays où il fait bon vivre… Surtout, c’est un des rares pays à avoir réussi sa transition politique. Un atout majeur qu’il faut mentionner et dont nous sommes très fiers. La Tunisie a montré au monde entier comment on peut réunir ensemble les différents partis politiques, et ce, malgré leurs divisions et grâce à l’importance de la société civile et l’engagement de la femme tunisienne. C’est une première !

Par notre envoyée spéciale à Tunis, Dounia Ben Mohamed
lepoint.fr

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