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Tunisie : Le taux d’inflation pourrait déborder les 8% en 2018

Tunisie : Le taux d’inflation pourrait déborder les 8% en 2018

L’indice des prix à la consommation a emprunté une tendance haussière depuis février 2016, qui s’est accéléré en 2017, pour culminer en novembre à 6,3% en glissement annuel (GA), avant de prendre encore 0,4% en décembre (en GA) pour atterrir au dernier mois de l’année 2017 à 6,4%.

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  En moyenne annuelle, le taux d’inflation ressort sur l’ensemble de 2017 à 5,3% inscrivant ainsi un net rebond après une tendance baissière durant les quatre dernières années : 6,1% en 2013, 5,5% en 2014, 4,9% en 2015 et 3,7% en 2016.

Par groupement sectoriel de produits, l’inflation annuelle a été de 5,6% des produits alimentaires et 5,2% des produits non alimentaires dont 8% pour l’habillement, 5,9% pour les Matériaux de construction et d’entretien du logement et 5,5% pour le loyer.

Inflation sous-jacente et inflation des produits administrés (annuelle)

Le taux annuel d’inflation sous-jacente (ISJ) « hors alimentations et boissons et hors énergies » s’établit à un niveau de 5,5%. D’un autre côté, les prix de produits libres (non administrés) ont augmenté de 6,1% contre 2,7% pour les prix administrés.

Contribution à l’inflation par groupe de produits

Compte tenu du poids attribué par l’Institut national de la statistique (INS) dans le panier des biens et services à chaque famille de produits et services, le taux d’inflation annuel de 5,3% découle d’une forte contribution du groupe « alimentation et boissons non alcoolisées » de 1,56% suite à une hausse des prix de cette famille de 5,55%.

La deuxième plus grande contribution, soit 0,85%, provient du groupe « Logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles » qui a connu une inflation annuelle de 5,02%. La part du transport dans l’inflation globale 2017 s’est élevée à 0,71% résultant d’une inflation des prix de ce groupe de 5,9% dopée par l’augmentation des prix des véhicules et des dépenses d’utilisation des véhicules.

Enfin les articles d’habillement et chaussures ont participé dans l’inflation globale de 2017 de 0,67% résultant d’une envolée des prix de ce groupe de 7,94%.

Projection de Inflation attendue en 2018

L’inflation est appelée à s’accélérer en 2018 et résulterait de la conjonction de plusieurs facteurs inflationnistes en perspective.

Inflation par les coûts

En premier lieu, on note la hausse du prix en devises du pétrole sur le marché international. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mars a terminé à 67,62 dollars sur l’Intercontinental Exchange le 5 janvier 2018 avec un plus haut (depuis décembre 2014) atteint la veille. Le marché a été dopé récemment par des perturbations de la production, un risque géopolitique plus élevé, une croissance économique robuste et, plus récemment, par une vague de froid sur l’hémisphère nord.

Cette hausse, sera inévitablement intégrée sur le marché international, dans le coût des matières premières corrélées au pétrole.

Inflation importée

La forte baisse du taux de change du dinar en 2017 de 21,3% face à l’euro et de 6,1% face au dollar rend les importations plus coûteuses.

Ces deux premiers facteurs se sont déjà traduits par la décision du gouvernement d’augmenter, à partir du 1er janvier 2017, les prix administrés du carburant et du gaz en bouteille suite à l’activation du mécanisme d’ajustement automatique des prix à la pompe.

Mais l’impact de ces deux facteurs sera davantage ressenti en 2018 à travers le risque d’une spirale inflationniste : les entreprises seront amenées à répercuter sur le prix de vente final de leurs produits, la hausse des prix de leurs intrants, l’augmentation des charges de salaires (plus de 6% dans le secteur privé), la hausse de l’IS (Contribution conjoncturelle, contribution sociale solidaire et élargissement du taux de 35% aux concessionnaires et la grande distribution), l’amplification du coût de la dette (hausse des taux monétaires), etc.

Inflation monétaire

Une poursuite de l’élargissement du déficit courant risque d’assécher encore la liquidité bancaire et par conséquent un recours accru des banques au refinancement de la BCT, et l’approvisionnement en liquidité qui échappe à chaque fois au circuit bancaire dopant ainsi la masse monétaire (via les Billets et monnaie en circulation) dans un contexte d’une politique monétaire accommodante.

Inflation budgétaire
inflation-tunisie

Les dépenses de l’Etat dépassent ses ressources propres et le déficit budgétaire devient structurel. En conséquence, les gouvernements ayant succédé au pouvoir ont cherché à trouver les moyens nécessaires pour couvrir le gap entre les dépenses et les recettes.

Mais, les tentatives de l’Etat à intégrer le marché parallèle dans le circuit formel de l’économie, la limitation de paiement en espèce (à 5.000 dinars actuellement), la création de la police fiscale, l’encadrement de l’activité des associations notamment sportives, la refonte du régime forfaitaire, l’obligation de disposition de caisses enregistreuses, n’ont pas tous connu un franc succès.

Le dictat de certaines professions, la ténacité du marché parallèle et l’évasion fiscale privent toujours l’Etat de ressources propres aptes à combler son besoin. En conséquence, l’Etat va chercher une nouvelle fois, les recettes requises auprès de l’économie formelle.

Le relèvement et l’élargissement des droits de consommation et de la TVA en 2018 vont certainement impacter les prix des différents groupes de produits du panier de référence pour le calcul de l’indice des prix à la consommation.

Produits alimentaires et boissons non alcoolisées

Les droits de consommation vont passer de 0 à 10% sur tous ce qui est sucreries, produits de la boulangerie, de pâtisserie ou de biscuiterie (Pain croustillant, Pain d’épices, Biscuits; gaufres et gaufrettes) ainsi que les glaces de consommations. Les droits de consommation appliqués sur les Mélanges de substances odoriférantes, des types utilisés pour la fabrication de boissons passeront de 0 à 40%.
Augmentation du taux de la taxe sur le maïs et le soja de 2 à 2,5% prélevée par l’office des céréales pour le compte du fonds de développement de la compétitivité dans le secteur de l’agriculture et de la pêche.

Logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles

Soumission à la TVA de 13% sur les biens immeubles à usage d’habitation acquis auprès des promoteurs immobiliers : le prix d’un logement de 300 mille dinars passera mécaniquement à 339 mille dinars.
Hausse récente des prix des bouteilles de gaz (0,300 dinar/Bouteille);
Augmentation des taux de droits de consommation sur certains matériaux de construction (Marbre, granites et dolomie).

Transports

Hausse à partir du 1er janvier 2018 du prix du carburant à la pompe de 0,050 dinar par litre.
Hausse des prix des voitures de tourisme ou mixtes entre 4,3% et 12,6% en fonction de la puissance et de l’énergie suite à la révision des droits de consommation et la hausse générale du taux de la TVA de 18 à 19%.

Meubles, articles de ménage et entretien courant du foyer

Hausse des droits de consommation de 0 à 40% sur les objets en verre pour le service de la table, pour la cuisine, les toilettes, le bureau, l’ornementation des appartements ou usages similaires.

Communication

Augmentation du droit de timbre sur les recharges téléphoniques.

Autres biens et services

Elargissement des champs du droit de consommation sur les Parfums et produits de beauté de 0 à 25%.
Relèvement de la taxe unique sur les assurances.
Relèvement du taux fixe du droit d’enregistrement de 20 à 25 dinars et augmentation du droit de timbre sur les factures et sur d’autres actes.

Restaurants et Hôtels

Instauration d’un droit de séjour dans les hôtels touristiques selon le barème suivant :

1 dinar pour chaque nuitée passée dans un hôtel de 2 étoiles.
2 dinars pour chaque nuitée passée dans un hôtel de 3 étoiles.
3 pour chaque nuitée passée dans un hôtel de 4 ou 5 étoiles.

Boissons alcoolisées et tabac

Les boissons alcoolisées spiritueuses enregistreront une hausse des droits de consommation de 50 à 100%.

Conclusion

En conclusion, la combinaison de ces quatre facteurs inflationnistes (hausse plus importante et durable des prix internationaux du pétrole, les effets de la dépréciation passée du dinar vis-à-vis des principales devises, l’expansion de la masse monétaire et la hausse continue des impôts et taxes) cumulée au risque d’une seconde activation en 2018 du mécanisme d’ajustement des prix à la pompe et au risque de persistance des troubles au niveau des circuits de distribution et le comportement de marge excessif devraient plaider en faveur d’une accélération du taux de l’inflation en 2018 autour de 7% dès janvier 2018.

Pour l’ensemble de 2018, l’inflation sera haussière tout au long de l’année du fait de l’ajustement progressif des prix au fur et à mesure de la transmission des effets des facteurs susmentionnés, et ce en dépit d’une demande de consommation en croissance modérée.

Pour rappel, selon les données disponibles de l’INS, la Tunisie avait connu auparavant des taux d’inflation assez élevés, à savoir 9,5% en 1975 et 14,1% en 1982.

Moez Hadidane
Gestionnaire de fonds- BMCE Capital Asset Management
ilboursa

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