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Tunisie: Une inflation de 7,7% et un taux directeur de 6,75% – Comment en est-on arrivé là ?

Tunisie: Une inflation de 7,7% et un taux directeur de 6,75% – Comment en est-on arrivé là ?

Face à une inflation qui s’accélère et les effets néfastes sur la croissance économique et le pouvoir d’achat qu’elle peut causer, la BCT n’a pas hésité à relever le taux directeur de 100 point de base quelques jours après l’annonce de l’INS d’un taux d’inflation maintenu au niveau élevé de 7,7% au mois de mai 2018.

La BCT n’avait pas l’embarras du choix, sa décision est défendable, face à des taux d’intérêts réels (taux indicatifs approximés par « TMM – Inflation ») toujours négatifs en dépit de la hausse de 100 points de base du taux directeur. Le mal nécessaire de la hausse des taux est imputé à une inflation qui persiste à des niveaux élevés. La politique monétaire et la politique économique sont-elles responsable de cette inflation ? Quelque part oui.

Le manque de coordination et d’efficacité de ces politiques menacent de mener au danger suivant : à force d’utiliser uniquement le dispositif taux pour lutter contre l’inflation, que cet instrument risque de perdre son efficacité. Une bonne politique de stabilisation passe par l’identification de l’origine de l’inflation.

Les causes de l’accélération de l’inflation en Tunisie

On évoque généralement comme causes de l’inflation, soit un excès de la demande, soit des augmentations des coûts, soit des facteurs exceptionnels ou temporaires comme le réajustement des prix règlementés ou la majoration des impôts indirects ou encore une mauvaise récolte de vivres, soit enfin des facteurs structurels. Au cours de ces dernières années, tous les ingrédients de l’inflation ont répondu présents.

Inflations par les coûts

Sur deux années glissantes (du 30 mai 2016 au 30 mai 2018) le prix du baril de Brent a augmenté de 56% au niveau de 77,7 dollars. La baisse du dinar durant cette même période de 22,7% face au dollar et de 30,5% face à l’Euro a amplifié le renchérissement du coût de l’énergie et de façon générale de tous les produits finis et semi-finis importés.

La relation symétrique « Parité du dinar-Inflation » a accéléré le rythme de hausse des prix : la dégradation du déficit courant provoquant la chute du dinar a alimenté l’inflation importée. La relation de cause à effet est aussi vraie dans le sens inverse. Une montée de l’inflation fait baisser la valeur du dinar en vertu du concept de la Parité du Pouvoir d’Achat.

La hausse des salaires dans la fonction publique s’est inévitablement transmise au secteur privé. Les syndicats y obtiennent plus d’avantages sans que l’augmentation des salaires dépasse nécessairement l’accroissement de productivité. L’augmentation des salaires nominaux a alimenté l’inflation par les coûts (mais aussi l’inflation par la demande), car elle accroît les coûts de production des entreprises et celles-ci se voient alors contraintes de rehausser leurs prix afin de restaurer leur marge bénéficiaire d’où la boucle « salaires-inflation » établie dans la courbe de Phillips. Taux d’inflation = Taux de croissance des salaires nominaux – Taux de croissance de la productivité.

Inflation par la demande

La hausse rapide de la masse salariale du secteur public a provoqué un excès brusque de la demande des ménages aboutissant à un choc sur les prix des biens et services de consommation. Entre 2010 et 2017, les salaires nominaux du secteur public ont augmenté de 111,5% soit à un rythme annuel moyen de 11,3%.

Malgré un assèchement de leurs liquidités, les banques ont continué à accorder des crédits, principales sources de leurs chiffres d’affaires, créant ainsi de la monnaie (effet multiplicateur de crédit) dopant par conséquent la demande. Toutefois une bonne partie de la monnaie centrale échappe au circuit bancaire en raison de l’épanouissement de l’économie informelle et l’accentuation du phénomène de thésaurisation conduisant à un gonflement de l’encours des billets et monnaies en circulation (BMC).

Pour subvenir à leurs besoins, les banques se sont orientées vers le refinancement auprès de la BCT contre principalement des mises en garantie en BTA. L’encours global de refinancement auprès de la BCT a atteint un niveau de 14,6 Mrd TND fin mai 2018 contre 6,711 Mrd TND fin 2016 et contre -1,6 Mrd TND fin 2009 (le signe [-] fait référence que les banques étaient prêteuses à la BCT). Les banques continuent ainsi à distribuer des crédits, pour y arriver, elles doivent acheter encore des Bons du Trésor, supports exigés pour se refinancer auprès de la BCT.

Un effet boule de neige qui arrange tout le monde (Le Trésor se finance, les banques distribuent des crédits en particulier de consommation et les ménages dépensent poussant les prix à la hausse). Ce cercle vertueux pour les uns et vicieux pour d’autres débouche aussi sur l’explosion des taux d’intérêt.

Facteurs exceptionnels ou temporaires

Il s’agit principalement de :

- Le réajustement des prix réglementés (ex. prix des hydrocarbures à la pompe), suppressions de subventions (ex. sucre), etc.

- La majoration des impôts indirectes et des droits de douanes (ex. TVA et Droits de consommation).

- la hausse de l’IS (Contribution conjoncturelle, contribution sociale solidaire et prochainement élargissement du taux de 35% aux concessionnaires et la grande distribution).

Facteurs structurels

Il s’agit de l’intermédiation, la spéculation et l’inefficience des circuits de distribution. A cela s’ajoute un effet exagération (ou d’opportunisme) des revendeurs et commerçants (une hausse de la TVA sur les cafés torréfiés de 18 à 19% a provoqué une hausse des prix du café à la consommation de 10 à 20%).

Moez Hadidane
Gestionnaire OPCVM à BMCE CAPITAL ASSET MANAGEMENT
/ ilboursa

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