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Un « new deal » pour les pays surendettés ?

Un « new deal » pour les pays surendettés ?

Face à la crise de la dette grecque, la politique de rigueur menée par la troïka n’a pas fonctionné, et laisser filer les déficits aurait eu des conséquences graves pour le reste de l’Europe. La seule piste viable à long terme passe par une restructuration de la dette.

La reconnaissance par le Fonds monétaire international, le 14 juillet, que la dette de la Grèce n’est pas « viable » pourrait être un tournant pour le système financier mondial. De toute évidence, les politiques hétérodoxes pour faire face à un poids de la dette élevé doivent être prises davantage au sérieux, même dans certains pays avancés.

Depuis le début de la crise grecque, il y a eu principalement trois écoles de pensée. Premièrement, il y a l’opinion de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI), selon laquelle la périphérie surendettée de la zone euro (Grèce, Irlande, Portugal et Espagne) a besoin d’une forte discipline politique pour éviter une crise de liquidités à court terme, qui risque de se transformer en un problème d’insolvabilité à long terme. La prescription de la politique orthodoxe consistait à étendre les prêts relais classiques pour ces pays, en leur donnant ainsi le temps de corriger leurs problèmes budgétaires et d’entreprendre des réformes structurelles. Cette approche a « fonctionné » en Espagne, en Irlande et au Portugal, mais au prix de récessions énormes. La politique de la troïka n’a cependant pas réussi à stabiliser, et encore moins à faire revivre, l’économie de la Grèce.

Une deuxième école de pensée décrit également la crise comme un pur problème de liquidités, mais considère l’insolvabilité à long terme, au pire, comme un risque extérieur. Le problème n’est pas que la dette des pays de la périphérie de la zone euro est trop importante, mais qu’on ne l’a pas autorisée à augmenter assez. Ce camp anti-austérité croit que même lorsque les marchés privés auront totalement perdu confiance en la périphérie de l’Europe, le Nord de l’Europe pourrait facilement résoudre le problème en cosignant les dettes, peut-être sous l’égide d’euro-obligations garanties en dernier recours par tous les contribuables de la zone euro (surtout allemands).

En d’autres termes, pour le camp « anti-austérité », la zone euro a subi une crise de compétence, pas une crise de confiance. Peu importe si la zone euro n’a pas d’autorité budgétaire centralisée et si elle dispose seulement d’une union bancaire incomplète. Peu importent les problèmes d’aléa moral ou d’insolvabilité. Et peu importent les réformes structurelles visant à favoriser la croissance. Tous les débiteurs profiteront de l’argent à l’avenir, même s’ils n’ont pas toujours été dignes de confiance dans le passé. De toute façon, une croissance plus rapide du PIB payera tout, grâce aux multiplicateurs fiscaux élevés. L’Europe doit offrir un repas gratuit.

C’est un point de vue entièrement logique, mais naïf dans sa confiance sans réserve (par exemple, dans les écrits polémiques du prix Nobel d’économie Paul Krugman). En conséquence, l’opinion anti-austérité masque des risques importants. Empiler des prêts en plus de l’endettement déjà élevé est devenu un pari risqué, en particulier quand la crise a éclaté. En réalité, l’Allemagne ne pouvait pas garantir la totalité de la dette de la périphérie européenne sans mettre en péril sa propre solvabilité, en particulier en l’absence d’un système d’équilibre des pouvoirs opérationnels à l’échelle de la zone euro. Des garanties plus importantes et ouvertes auraient pu fonctionner. Mais, dans le cas contraire, la gangrène économique de la périphérie se serait propagée vers le centre.

Un troisième point de vue est que, compte tenu de la crise financière importante, la crise de la dette de l’Europe aurait dû être diagnostiquée comme un problème d’insolvabilité dès le départ et traitée par une restructuration et un effacement de la dette, aidés par une inflation modérée et par des réformes structurelles. Cela a été mon point de vue depuis le début de la crise. En Irlande et en Espagne, les détenteurs d’obligations privées (et non pas les contribuables irlandais et espagnols) auraient dû assumer le choc des faillites bancaires. En Grèce, les dévaluations de la dette auraient dû être plus rapides et plus étendues. Naturellement, les gouvernements nationaux auraient dû employer les fonds des contribuables pour recapitaliser les banques européennes du Nord (en particulier en France et en Allemagne), qui ont trop prêté aux pays de la périphérie. Et des transferts auraient été nécessaires pour recapitaliser les banques. Mais au moins l’opinion publique aurait compris la réalité de la situation, quand une restructuration et une recapitalisation des banques auraient permis de recommencer à prêter de nouveau. Une restructuration de la dette aurait donné à l’Europe la remise à zéro dont elle avait besoin. Oui, il y aurait eu des risques, comme l’a fait remarquer l’économiste principal du FMI, Olivier Blanchard, mais courir ces risques aurait été utile.

Quelle est donc la meilleure voie à suivre ? Une intégration européenne plus poussée, des exigences plus strictes en capitaux propres pour les banques et des réformes structurelles plus profondes, mais locales, sont certainement des clefs. Une aide supplémentaire à la périphérie de l’Europe est encore absolument nécessaire. Mais, au-delà de ce phénomène, l’expérience de l’Europe doit encourager une refonte totale du système mondial pour administrer les faillites souveraines. Cela pourrait signifier de ramener les anciennes propositions du FMI pour un mécanisme de faillite souveraine ou trouver des moyens d’institutionnaliser la récente position du Fonds sur la dette grecque. Il n’y a pas de repas gratuit en Europe, il n’y en a jamais eu. Mais il y a des méthodes bien meilleures pour traiter une dette non viable.

Kenneth Rogoff , est professeur d’économie et de sciences politiques à l’université de Harvard. Il a été économiste en chef du FMI.

Kenneth Rogoff / Chroniqueur – Professeur à l’université de Harvard
lesechos.fr

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