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Une battante pour défendre les femmes des mines sud-africaines

Une battante pour défendre les femmes des mines sud-africaines

Rencontre avec Nomonde Nkosi, une Sud-Africaine qui milite pour les droits des femmes travaillant dans les mines de son pays. Elle était invitée par le diocèse d’Autun.

Dans le diocèse d’Autun, le Comité contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire) consacre durant deux ans sa réflexion à l’égalité entre hommes et femmes au service du développement. Il a accueilli, à Montceau, une jeune Sud-Africaine d’ethnie Zoulou, Nomonde Nkosi, qui milite au sein du Wamua, une association pour le droit des femmes travaillant dans les mines. Avant d’animer une réunion, elle a évoqué son combat dans un pays où il reste beaucoup à faire.

Quelles sont les conditions de vie des femmes dans les mines sud-africaines ?

« Exécrables. Rien n’est fait pour elles. À commencer par les habits de protection confectionnés pour des hommes et dont elles doivent se satisfaire. Leurs salaires sont beaucoup moins élevés que ceux des hommes. Et la promiscuité favorise les abus. Les toilettes ne sont pas différenciées et l’on enregistre de nombreux viols qui, souvent, ne préoccupent pas beaucoup la police. Les filles qui tombent enceintes le cachent car elles sont menacées de renvoi. Sans parler du Sida qui se propage. »

Qu’en est-il de l’apartheid aujourd’hui ?

« En principe, il a disparu. Mais ce n’est qu’une façade. Dans les mines, les Blanches travaillent toujours dans les bureaux et les Noires, sous terre. Près de 80 % des Blancs détestent les Noirs. Ils sont racistes et n’hésitent pas à injurier les Noirs quasiment impunément. Heureusement, les nouvelles générations semblent moins touchées par ce fléau et avec le temps, les choses devraient s’arranger. Regardez aux États-Unis : il a fallu attendre des dizaines d’années après l’abolition de l’esclavage pour voir la situation se normaliser. Et encore, là-bas aussi, le combat continue. »

En Afrique du Sud, l’exploitation minière constitue un pan important de l’économie. Cela lui donne-t-il tous les droits ?

« Quasiment, car l’intérêt économique prévaut sur l’humain. La situation écologique, dans bien des endroits, est catastrophique. Les nappes phréatiques sont polluées et l’on ne compte plus les maladies de peau, les ulcères voire des maladies plus graves Mais ce n’est pas propre à l’Afrique du Sud. Dans tout le continent africain ou presque, c’est la même chose. »

Votre association est composée uniquement de femmes. Pourquoi ?

« Tout simplement parce que si les hommes s’en mêlent, ils prennent le pouvoir un jour ou l’autre. Nous avons des attentes de femmes pour nous et nos enfants, et personne n’est mieux qualifié que nous pour les faire valoir. Même si c’est souvent difficile à travers certains médias liés au pouvoir. Des hommes nous soutiennent, mais leur rôle s’arrête là. »

Votre venue dans une ancienne région minière est-elle le fruit du hasard ?

« C’est le CCFD qui a pensé que je serais intéressée par la région. Et c’est vrai ! Je vais visiter le Musée de la Mine. Mais j’ai visité aussi d’autres régions où l’on développe d’autres industries. C’est pour moi très instructif. Souvent, de l’extérieur, on a une image un peu idyllique d’un pays qu’on s’apprête à découvrir. C’est vrai que la France est très belle. Et j’aimerais bien y revenir juste pour faire du tourisme. Mais on s’aperçoit qu’ici aussi il y a beaucoup de problèmes. Le combat pour améliorer le sort des hommes et femmes est finalement universel et il n’a pas de couleur. Même si les noirs partent de très loin.

Propos recueillis par Jean-Marc Vuillamy (CLP)
lejsl.com

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