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Une génération de mal-logés

Une génération de mal-logés

Des plages sans fin. Du soleil. La Grande Barrière de corail…

Ceux qui rêvent d’acheter une maison en Australie, pour fuir l’hiver québécois à leur retraite, devraient noter cette mise en garde : désormais, les étrangers qui contreviennent à la loi en achetant une propriété australienne pourraient être « condamnés à trois ans de prison » et/ou à « des amendes de plus de 120 000 $ (127 500 $AU) ».

Le « pays d’en dessous » a annoncé la semaine dernière ces mesures draconiennes, qui visent les acheteurs de maisons existantes. C’est ainsi que l’Australie entend dégonfler la gigantesque bulle immobilière qui prend forme sur son territoire.

De riches étrangers, pour la plupart chinois, sont accusés de faire monter les prix de l’immobilier, notamment à Sydney et à Melbourne, le marché résidentiel devenant hors de portée pour les Australiens – les jeunes surtout.

Après un bond de 70 % depuis dix ans et de 125 % durant la décennie précédente, la flambée des coûts de la brique et du mortier fait de Sydney l’une des métropoles les plus chères au monde, selon la firme CoreLogic.

Aussi un jeune ménage qui convoite une maison à Sydney devra-t-il consacrer 65-70 % de ses revenus nets (après impôt) au remboursement de son hypothèque, même avec des taux d’intérêt au plancher. Autrement dit, une maison à Sydney – à un prix médian de 800 000 $CAN – « c’est-pas-achetable » pour un jeune, diraient plusieurs Québécois.

Un problème mondial

Or, acquérir une maison devient un rêve de plus en plus inaccessible dans plusieurs pays.

Dans une étude, la Réserve fédérale de Dallas brosse un portrait démoralisant de l’immobilier mondial. Il en ressort que la hausse des prix dépasse largement la croissance des revenus des ménages dans 15 des 23 pays étudiés, soit + 3,9 % contre + 1,8 % respectivement.

Dans une analyse l’automne dernier, le McKinsey Global Institute, aux États-Unis, sonnait l’alarme en prédisant que, d’ici 2025, 440 millions de ménages dans les centres urbains de la planète vivraient dans des logements « inadéquats », soit 110 millions de plus qu’actuellement. Les causes : les prix élevés de l’immobilier et le manque de logements abordables.

Pour sa part, la Fédération européenne du logement social a publié, mardi dernier, un rapport détaillant comment la crise économique complique l’accès au logement. Dans les pays du Sud, la proportion des 18-35 ans vivant chez leurs parents est, par exemple, de 66 % en Italie, de 58 % au Portugal et 55 % en Espagne.

Au Canada, les difficultés d’accès à la propriété sont bien documentées. Mince consolation pour nos jeunes, le phénomène est encore plus alarmant dans certains pays. Voici des exemples :

France: 70% des jeunes en difficulté

En France, sept jeunes sur dix font face à des difficultés d’accès au logement, selon une récente enquête de l’Observatoire de la jeunesse solidaire.

Le prix de l’immobilier a tellement augmenté – à Paris notamment – que le nombre de jeunes ménages accédant à la propriété recule « de manière particulièrement rapide », déplore l’Observatoire Crédit Logement – CSA. Ainsi, les moins de 35 ans ne représentaient que 44,8 % des acheteurs en 2014, contre 52,4 % en 2009.

États-Unis: un creux de 20 ans

Chez nos voisins du Sud, la situation se dégrade également : au premier trimestre 2015, la part des Américains propriétaires de leur logement est tombée à 63,7 % – un creux de plus de 20 ans, selon la NAR (National Association of Realtors).

Quelle est la cause ? La stagnation des salaires et les prix des maisons. La situation est préoccupante dans les grandes villes et dans certains États comme la Californie, où le prix des maisons (440 000 $US en moyenne) est deux fois et demie plus élevé que la moyenne nationale.

Aussi, le taux de propriété à l’échelle du pays chez les 18-34 ans est passé de 17,2 %, en 2005, à 13,2 % cette année, estime le Bureau des statistiques à Washington.

Royaume-Uni: la génération «location»

C’était l’un des sujets chauds de la dernière campagne électorale : le Royaume-Uni subit une crise du logement très aiguë à Londres. En effet, le taux de propriété au pays est passé de 70 à 64 % de la population depuis 10 ans.

Si bien qu’on surnomme les jeunes la « génération location ». En 2001, 58 % des 25-34 ans étaient propriétaires, selon les statistiques officielles ; ils sont moins de 40 % aujourd’hui.

Et l’industrie de la construction n’aide pas : elle n’a construit que 140 000 logements en 2013, contre 200 000 en moyenne dans les années 90 et 380 0000 à la fin des années 60.

Il faudra donc des années avant de rétablir l’équilibre sur le marché.

Richard Dupaul
lapresse.ca

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