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Volkswagen : la tourmente judiciaire met en danger l’avenir du groupe

Volkswagen : la tourmente judiciaire met en danger l’avenir du groupe

En France, le Parquet de Paris a ouvert vendredi une enquête pour tromperie aggravée. Le groupe allemand a mis en ligne un site à destination des clients, sans encore préciser les conditions du rappel.

Attaqué de toute part, Volkswagen ne sait plus où donner de la tête. Alors que le champion allemand de l’automobile européenne a jusqu’à mercredi pour dire comment il va réparer les instruments de mesures des 11 millions de véhicules diesel truqués, ses avocats font face à une avalanche de plaintes judiciaires et les dirigeants sont aux abois. Selon la presse dominicale allemande, le constructeur ne pourra en effet pas longtemps prétendre que le trucage de ses moteurs est l’oeuvre d’un petit nombre d’ingénieurs criminels. Pour le Frankfurter Allgemeine, les premières auditions de l’enquête montrerait plutôt que le groupe « a systématiquement trompé les clients et les autorités ». Le quotidien Bild renchérit : plusieurs ingénieurs ont reconnu avoir installé le logiciel truqueur en 2008, sans pour autant désigner le commanditaire, titre le journal. Quatre dirigeants, dont les patrons de la recherche de Volskwagen et de Porsche, ont été suspendus le temps de l’enquête, tandis que le remplacement du président du conseil de surveillance tourne au vinaigre. Soutenu par les familles Piech et Porsche contre l’avis du Land de Basse Saxe, le directeur financier de Volkswagen, Hans-Dieter Pötsch, pressenti pour le poste, fait l’objet d’une violente campagne de dénigrement. On lui reproche de ne pas avoir respecté la législation boursière, en n’avertissant pas au plus tôt des difficultés rencontrées par le groupe face à l’Agence américaine de l’environnement. Un retard susceptible d’ouvrir de coûteux contentieux, qui s’ajoutent à la pluie de plaintes des clients et des Etats.

En France, le Parquet de Paris a confirmé vendredi avoir ouvert une enquête préliminaire pour tromperie aggravée – la loi prévoit des peines de cinq ans de prison et 600.000 euros d’amende. Plusieurs plaintes de possesseurs de voitures estampillées « VW » ont également été déposées, pour tromperie aggravée, falsification ou publicité mensongère. Mercredi, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes avait ouvert sa propre enquête pour déterminer si des moteurs truqués roulent sur les routes hexagonales. Et une association écologiste avait déposé une plainte contre X pour tromperie aggravée et mise en danger d’autrui.

A vrai dire, on recense ce type de procédures judiciaires dans chaque pays, ou presque. En Allemagne, un actionnaire de Volkswagen a déposé plainte contre le constructeur, agacé par la dégringolade boursière du groupe. La plainte a été rédigée par un cabinet expert des action de grande envergure (il a par le passé réuni des milliers de plaintes contre Deutsche Telekom).En Italie, où 650.000 véhicules sont concernés, c’est l’Autorité de la concurrence qui se penche sur des pratiques déloyales présumées. Quant aux conséquences commerciales du scandale, elles sont encore inconnues. Pour minimiser les dégâts, Volkswagen devra gérer onze millions de retours, et les financer. Vendredi soir, le groupe a mis en ligne un site Internet, pour que ses clients puissent vérifier si leurs voitures sont concernées, ou non. Mais les modalités concrètes du rappel restent inconnues… tout comme les réactions des conducteurs, qui devraient logiquement retrouver une voiture moins puissante et plus gourmande en gazole. Pour l’heure, VW n’a provisionné « que » 6.5 milliards d’euros pour faire face au coût du scandale. Mais «la crise pourrait menacer l’existence de la compagnie », aurait déclaré Hans-Dieter Pötsch lors d’une réunion interne au siège de WV à Wolfsburg.

Julien Dupont-Calbo avec Jean-Philippe Lacour
lesechos.fr

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