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Wall Street toujours friands d’anciens hauts fonctionnaires

Wall Street toujours friands d’anciens hauts fonctionnaires

Les grands hedge funds savent attirer les anciens banquiers centraux

La nomination de Ben Bernanke, l’ancien président de la Réserve Fédérale (Fed), à un poste de conseiller d’un hedge fund illustre une longue tradition de va et vient entre Wall Street et l’administration (Securities and exchange commission, gouvernement, Fed…). Bernanke a défendu sa décision de rejoindre Citadel, en soulignant que ce fonds n’était pas régulé par la Fed. Comme de nombreux autres gérants, Ken Griffin, le patron et fondateur de Citadel, avait pourtant sévèrement critiqué la politique d’assouplissement quantitatif estimant qu’elle était une « idée désastreuse ». Il n’en a visiblement pas tenu rigueur à l’ancien président de la Fed, qui lui livrera ses analyses de macroéconomie et de politique monétaire et lui ouvrira son carnet d’adresse.

Disposer d’un ancien banquier central permet d’ouvrir de nombreuses portes, tout en rassurant les investisseurs, notamment les institutionnels (fonds de pensions, fonds souverains…), principaux clients des hedge funds. Le cas Bernanke est loin d’être unique. Le mois dernier, Jeremy Stein, un ancien de la Fed, a rejoint au poste de conseiller le hedge fund BlueMountain. Ce fonds de 20 milliards de dollars s’était illustré en 2012 en enregistrant des profits colossaux grâce aux déboires de la banque JP Morgan sur les dérivés de crédits du fait des malversations d’un de ses traders. En 2008, quelques mois avant la chute de lehman Brothers, le hedge funds de John Paulson, qui gagnera une fortune en pariant sur l’effondrement de la bulle immobilière américaine, s’était attaché les services d’Alan Greenspan, qui avait quitté son poste depuis deux ans… Certains anciens banquiers centraux ont du mal à se résoudre à la retraite après avoir été au centre de l’attention de toute la planète financière. L’exode de la haute administration vers Wall Street et les fonds est un phénomène plutôt nord-américain à quelques exceptions près comme Philipp Hildebrand l’ancien président de la banque nationale suisse, qui a été embauché par le gérant d’actif BlackRock.

Seuls les grands hedge funds emblématiques global macro -investis sur tous les marchés- (Bridgewater, Citadel…) peuvent offrir des salaires attrayants aux anciens banquiers centraux . Fin 2011, le patrimoine de Ben Bernanke était estimé à seulement 2,3 millions de dollars, selon ses déclarations officielles. C’est bien moins que les 20 millions déclarés à l’époque par Richard Fisher le président de la Fed de Dallas ou William Dudley ( Fed de New York), qui avait acquis cette fortune quand il officiait chez Goldman Sachs.

La porosité entre Wall Street et l’administration, alimente les critiques de connivence et complaisance de l’administration en faveur de la sphère financière. De quoi douter de sa volonté et capacité réelles à réguler un secteur qui semble lui échapper en désamorçant toutes les réformes visant à mieux l’encadrer. Cette perméabilité n’a guère été remise en cause par la crise de 2008. Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor sous l’administration Clinton a rejoint le hedge fund quantitatif D.E Shaw depuis 2006. L’année dernière Timothy Geithner est devenu le président de la firme de capital investissement Warburg Pincus. Lors d’un déplacement dans « l’Amérique profonde », Hillary Clinton a déclaré lors qu’il « n’est pas normal qu’un hedge fund paie moins d’impôts qu’un transporteur routier ou une infirmière ». La candidate à l’investiture démocrate parle en connaissance de cause puisque le mari de sa fille Chelsea a lancé son propre hedge fund, Eaglevale il y a 3 ans. Le fonds qui a bénéficié du réseau Clinton pour lever de l’argent, a toutefois enregistré des performances désastreuses, notamment sur la dette grecque. ..

Nessim Ait-Kacimi
lesechos.fr

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