samedi 26 septembre 2020
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Yanick Kemayou : « Kabakoo est une approche éducative pour des solutions locales aux problèmes locaux »

Yanick Kemayou : « Kabakoo est une approche éducative pour des solutions locales aux problèmes locaux »
Transmettre le savoir, mais surtout pousser l’apprenant à trouver des solutions aux problèmes de leurs communautés en s’appuyant sur l’expertise, le savoir-faire local : c’est la genèse de l’initiative Kabakoo pour l’éducation. Les apprenants adaptent des procédés ancestraux aux nouvelles technologies pour des solutions durables notamment dans les domaines de l’énergie et de l’agriculture.

La Tribune Afrique – En 2018, vous avez lancé l’initiative Kabakoo qui se veut un réseau panafricain d’écoles créatives pour les villes et les communautés de demain. Que propose concrètement cette initiative ?

Yanick Kemayou : Kabakoo est un réseau de campus, né de la nécessité de résoudre les failles de la majorité des actuelles structures éducatives qui ne forment pas les étudiants à des débouchés concrets et ne les permettent pas de trouver des emplois décents à la fin de leur cursus. Nous sommes partis du constat que les jeunes africains font des études, mais ne parviennent pas à trouver de l’emploi. Kabakoo signifie « étonnement » en langue bambara, principale langue de communication au Mali. J’ai décidé de créer ce réseau d’écoles, car étant moi-même confronté aux failles des structures éducatives et aux manques de perspectives au Cameroun. Nous avons un campus à Bamako depuis juin 2018. C’est l’une des villes au monde où la croissance démographique est la plus forte, créant des besoins énormes en matière d’éducation et de formation.

L’établissement a formé plus de 479 apprenants en développant une approche pédagogique sur mesure basée sur la pertinence locale pour faciliter l’entrepreneuriat ou l’insertion professionnelle des apprenants. Kabakoo a bénéficié de la reconnaissance et du soutien officiel de l’Union africaine, de l’Unesco et de l’UNEP, moins d’un an après le lancement du premier campus de Bamako. Nous travaillons aujourd’hui sur le développement de nouveaux campus – avec la même approche d’apprentissage – à Gao, à Madagascar et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Ceci fait suite à la demande de municipalités qui souhaitent que le campus soit implémenté sur leurs territoires pour former leurs habitants et dynamiser les secteurs locaux. Nous délivrons des certifications à la fin de chaque formation, en étroite collaboration avec les autorités locales des pays hôtes. Pour l’instant, nous essayons de démontrer en priorité que le modèle marche, que nous avons de l’impact. Plusieurs projets de développement sont en cours en Afrique dans le domaine technologique en Afrique, mais rares sont celles dédiées au domaine de l’éducation, qui connait peu d’innovations et reste conventionnelle. L’initiative Kabakoo devrait contribuer à des résultats tangibles et faire bouger les lignes de l’éducation en Afrique.

Pour aider à la résolution de la difficile équation relative à l’inadéquation, formation, besoins locaux et emplois, que proposent les programmes Kabakoo ?

Nous avons plusieurs stratégies qui nous permettent d’assurer une pertinence locale de notre curriculum. La première est la prise en compte des avoirs et acquis locaux dans notre offre de formation. Pour commencer rien que sur le plan architectural, nos campus ont été conçus, selon des modèles inspirés des structures endogènes. Dans chaque milieu où nous nous implantons, nous essayons de mettre en avant les savoir-faire développés depuis des millénaires par les populations locales. Nous nous accaparons ces savoirs pour mieux les valoriser et les mettre au service des locaux. La deuxième dimension est liée à pédagogie. Nous préconisons une pédagogie par projet. La formation est faite dans le cadre d’un projet, dans lequel s’investissent les apprenants. Nous proposons à nos jeunes en formation d’aller à la rencontre de communautés bien déterminées, de mener des discussions et d’échanger avec eux pour déterminer leurs problèmes et préoccupations. Ils identifient de ce fait différentes problématiques pour ensuite travailler sur des prototypes en faveur des solutions durables. Une démarche pour mieux situer l’apprentissage dans la réalité du contexte local.

Qui sont les principaux bénéficiaires des formations Kabakoo ?

Notre offre de formation s’adresse en priorité aux tranches d’âge de 17 à 25 ans, des jeunes ayant achevé le secondaire, à l’université ou non. Les programmes Kabako n’excluent pas non plus les autres tranches d’âge. Nous essayons autant que possible de travailler avec les parties prenantes locales. La communauté locale est toujours introduite dans le processus dès le début à travers les travaux de l’architecte du campus qui rendent hommage à l’architecture locale. Ensuite, nous adoptons un profil d’éducateur dans nos campus, qui ne se limite pas à transmettre un savoir, mais aussi à encourager les apprenants à aller à la source de l’expertise locale pour recueillir des procédés des savoir-faire ancestraux, auprès des initiés, des personnes âgées entre autres, les réhabiliter pour en faire usage aux profits des locaux. Ces connaissances et savoir-faire devraient être par la suite régurgités dans le cadre des nouvelles technologies pour une application plus adaptée.

Aujourd’hui, l’Afrique doit nourrir ses 1,3 milliard d’habitants et couvrir la demande toujours croissante en énergie. Quels types de formations innovantes propose Kabakoo pour contribuer au développement du secteur agricole, de l’énergie et générer des emplois pour les jeunes ?

Nous proposons une formation de deux ans pendant laquelle l’apprenant développe des technologies. Dans le domaine agricole par exemple, des apprenants ont eu à travailler sur le prototype d’une solution pour faciliter la gestion des exploitations agricoles, dans le but d’améliorer le rendement et la qualité des productions. Ils ont mis en place un système de collecte des données au niveau des exploitations qui consiste en l’automatisation de la collection des données sur l’humidité, le niveau d’oxygène des sols cultivés, les températures. Les données récoltées automatiquement sur le sol sont utilisées dans l’élaboration d’une solution d’irrigation automatique, mieux adaptée et plus précise. En tout, nous disposons de cinq technologies majeures dans lesquelles nous offrons à nos apprenants la possibilité de développer des compétences.

La première concerne les projets agricoles évoqués sur la collecte de données des sols. Les apprentis de l’école Kabakoo travaillent beaucoup sur l’impression 3D. Nous formons aussi les jeunes à la programmation, à l’informatique, des compétences nécessaires pour installer les capteurs lors des collectes de données. La quatrième technologie est liée à la conception artistique par ordinateur, comme les découpes laser. Une formation permettant aux apprenants de concevoir des objets, des modèles et de produire directement les prototypes. Pour revenir aux prothèses esthétiques imprimées en 3D, il y a des plans dans des sites ou revues spécialisées pour créer des modèles à produire au niveau local. Le dernier volet technologique sur laquelle portent nos formations est l’open source.

Quels types de formations originales dispensez-vous dans le domaine de l’énergie ?

Dans le domaine de l’énergie, de jeunes apprentis de Kabakoo ont travaillé dans la transformation de déchets organiques au niveau du campus de Bamako. Nous avons constaté qu’à Bamako, comme dans la plupart des villes africaines, pour leur besoin en énergie, nombreux sont les foyers ayant recours au charbon avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la santé. Nous avons de ce fait étudié des alternatives, qui ont donné naissance au projet de biomasse artificielle, de l’énergie susceptible d’être revendue à des familles pour usage domestique. D’autres projets portent sur la formation des jeunes pour l’acquisition des compétences dans l’installation, la maintenance des panneaux solaires. Nous travaillons sur ces questions dans une perspective d’accompagnement des apprenants dans la recherche de solutions durables au niveau de leurs localités.

Propos recueillis par Maimouna Dia
afrique.latribune

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