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Zimbabwe-Zambie: il faut sauver le barrage de Kariba!

Zimbabwe-Zambie: il faut sauver le barrage de Kariba!

Le barrage de Kariba sur le fleuve Zambèze, à la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, menace de s’effondrer. Il s’agit de l’un des plus grands ouvrages hydro-électriques du monde, en aval duquel vivent 3,5 millions de personnes. En février 2015, les deux pays se sont entendus pour sa rénovation, qui doit durer 10 ans.

«La réhabilitation du barrage de Kariba est une nécessité urgente pour éviter une catastrophe potentielle», observe la Banque mondiale dans un rapport. 3,5 millions de personnes vivent en aval de l’ouvrage, en Zambie et au Zimbabwe, mais aussi au Mozambique et au Malawi. Cet ouvrage, situé à 400 kilomètres environ en aval des célèbres chutes Victoria, est également indispensable pour l’alimentation en courant de la Zambie et du Zimbabwe : il fournit ainsi 600 mégawatts à la première et 750 mégawatts au second. Sans parler de l’impact sur l’ensemble du réseau électrique de toute l’Afrique australe. Il contrôlerait 40% de l’écoulement total des eaux du fleuve Zambèze.

La réhabilitation du site est également une nécessité en raison des difficultés du Zimbabwe : sa maintenance a souffert du marasme économique et politique des années 2000 dans le pays. La désorganisation qui y règne a également des conséquences sur les difficultés des autorités de Harare à faire face à des catastrophes d’ampleur : c’est ce qu’a montré leur gestion, en 2014, des inondations affectant le barrage zimbabwéen de Tokwe-Mukosi. Inondations provoquées par une pluviométrie deux fois plus importante que la moyenne annuelle.

D’une manière générale, «alors que l’on s’attend à ce que les pluies augmentent en intensité dans l’avenir, les experts font part de leurs inquiétudes sur les capacités des barrages zimbabwéens à retenir ces quantités d’eau supplémentaire», observe le Guardian.

Construite entre 1954 et 1959 à partir d’une étude de l’ingénieur français André Coyne, le barrage de Kariba est l’un des plus grands du monde. Il est «exceptionnel par ses dimensions, 617 mètres de longueur sur 128 mètres de haut, par la taille de son lac et par sa forme», souligne le Français Bernard Goguel, expert français de renommée internationale. Sa retenue (181 milliards de m3) en fait le plus important lac artificiel du monde : «quand (l’équipement) a été construit, les ingénieurs pensaient qu’il s’étendrait au maximum sur 10 km. Mais il s’est étendu sur quelque 90 km, ce qui ajouté de la pression sur le mur» de l’équipement, raconte le Guardian.

La rénovation doit porter en priorité sur la «fosse d’érosion» qui s’est formée en aval. Celle-ci s’est creusée naturellement, au point de former un puits de 80 mètres, juste après le barrage. «Nul ne peut préjuger de la stabilité» de cette fosse, explique Bernard Goguel. Le but des travaux est d’aider la nature à élargir le trou pour que l’énergie de l’eau ait la place de se dissiper en cas de crue extrême et qu’elle puisse s’écouler vers l’aval. La phase suivante sera la réhabilitation des six vannes d’évacuation. Des fissures et des déformations seront également réparées.

Vu l’urgence de la situation, le chantier commencera dès 2015. Il devrait durer en tout une dizaine d’années «avec une perturbation minime de l’activité normale», assure la présidente de l’Autorité du fleuve Zambèze (ZRA), Charity Mwansa.

Le montant prévu des travaux s’élève à 300 millions de dollars. Une somme qui sera financée par des prêts de l’UE (100 millions), de la Banque mondiale (75 millions), de la Banque africaine de développement (75 millions). La Zambie et le Zimbabwe financeront le reste.

Laurent Ribadeau Dumas
francetvinfo.fr

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