lundi 14 juin 2021
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Les Etats ont beau les réprimer, les cryptomonnaies continuent de tracer leur route

Les Etats ont beau les réprimer, les cryptomonnaies continuent de tracer leur route

Fin mai, la Chine a interdit le minage des cryptomonnaies sur son sol, quelques jours après avoir ordonné aux banques de ne pas faciliter les transactions en cryptomonnaies, et a averti les investisseurs d’éviter les transactions spéculatives. Ces deux décisions de l’empire du Milieu s’inscrivent dans une vague mondiale de répressions et viennent clôturer un mois difficile pour le Bitcoin et ses pairs. Si certains analystes l’avaient plus ou moins prédit, la situation peut-elle vraiment menacer l’avenir de ces actifs numériques ?

Une répression intense en Chine

Les régulateurs financiers chinois ont déclaré mi-mai que les banques et les sociétés de paiement ne sont pas autorisées à proposer à leurs clients des services impliquant les cryptomonnaies, et ont mis en garde contre les risques liés à leur commerce. Cette première décision de la Chine est intervenue dans la foulée d’une semaine où les prix des cryptomonnaies ont lourdement chuté après qu’Elon Musk a indiqué que son entreprise Tesla ne va plus accepter les paiements en cryptomonnaies pour ses voitures.

Trois organismes soutenus par l’Etat ont lancé des avertissements sur les médias sociaux, prévenant que les consommateurs n’auraient aucune protection s’ils subissent des pertes lors des transactions en monnaies numériques, dont les dernières « fluctuations sauvages de prix perturbent l’ordre économique et financier normal ».

Quelques jours après cette première décision, c’est au minage des cryptos que l’empire du Milieu s’est attaqué. Pékin a indiqué que cette activité consomme beaucoup d’énergie et a un impact environnemental qui va à l’encontre de ses objectifs de neutralité carbone. La mesure, alarmante pour le marché parce que le pays représente plus de la moitié de l’offre crypto dans le monde, a accru le climat hostile et poussé plusieurs mineurs chinois à interrompre tout ou une partie de leurs activités, en attendant d’y voir plus clair.

Quelques jours après cette première décision, c’est au minage des cryptos que l’empire du Milieu s’est attaqué. Pékin a indiqué que cette activité consomme beaucoup d’énergie et a un impact environnemental qui va à l’encontre de ses objectifs de neutralité carbone.

« La Chine exerce depuis un certain temps une pression sur l’espace crypto, mais cela s’intensifie – d’autres pays pourraient suivre maintenant que les banques centrales font des pas en avant vers leurs propres monnaies numériques », a déclaré Neil Wilson, analyste chez Markets.com, ajoutant que si jusqu’à présent, les régulateurs occidentaux ont été assez détendus à l’égard du Bitcoin (BTC), la donne pourrait bientôt changer.

Des mesures similaires dans d’autres pays

La Chine n’est pas le seul pays à s’en être pris aux cryptos ou à leur minage. En Iran, alors que le gouvernement du président Hassan Rohani doit gérer des coupures intempestives de courant dans la capitale Téhéran, il a décidé de suspendre pour quatre mois le minage, accusé de surcharger le réseau électrique.

Si des pays comme l’Afghanistan, l’Arabie saoudite, l’Algérie, ou encore le Bangladesh et le Vietnam en interdisent toute possession ou utilisation, certaines nations ont mis en place une politique censée restreindre leur utilisation.

En Turquie, par exemple, un décret présidentiel entré en vigueur le 30 avril 2021 interdit l’utilisation des cryptomonnaies comme moyen de paiement. Ankara justifie cette décision par son incapacité à assurer leur surveillance et contrôle efficaces, leur utilisation dans le cadre d’activités illégales et la volatilité excessive du marché. Le gouvernement a aussi indiqué que les portefeuilles étaient vulnérables au vol et que les transactions irrévocables étaient une grande source de préoccupation. Il s’est ainsi lancé dans une chasse aux plateformes d’échanges (Thodex, Vebitcoin, Goldexco), accusées de fraude. La vague d’arrestations et d’enquêtes qui a sévi dans la Sublime Porte a obligé les autres plateformes à se conformer aux règles.

Si la situation est encore floue en Inde, et au Maroc, on pourrait assister à une interdiction plus stricte des monnaies numériques. Le royaume chérifien a interdit les transactions effectuées avec ces monnaies depuis 2017, mais cela n’a pas entamé la popularité du Bitcoin dans le pays.

Si la situation est encore floue en Inde, et au Maroc, on pourrait assister à une interdiction plus stricte des monnaies numériques. Le royaume chérifien a interdit les transactions effectuées avec ces monnaies depuis 2017, mais cela n’a pas entamé la popularité du Bitcoin dans le pays.

Au Nigeria, 3e pays utilisateur de cryptomonnaies après les Etats-Unis et la Russie, la Banque centrale a interdit aux institutions financières de « négocier des cryptomonnaies ou de faciliter les paiements pour les échanges de cryptomonnaies ». Les autorités du pays ont indiqué en mars dernier qu’elles travaillent pour mieux comprendre et réguler le marché.

Volatilité, fraude, blanchiment d’argent, crimes financiers

Si la répression dont font l’objet les cryptomonnaies s’est intensifiée ces dernières semaines, elle ne surprend pas pour autant certains analystes. A la mi-avril déjà, Jesse Powell, PDG de la plateforme d’échange Kraken, prédisait en cassandre une telle tournure dans un entretien accordé à la chaîne de télé CNBC.

Le chef d’entreprise a exprimé ses craintes alors que le gouvernement américain, pour lutter contre le blanchiment d’argent, émettait une nouvelle règle qui oblige les détenteurs de portefeuilles numériques privés à se soumettre à des contrôles d’identité pour toutes les transactions supérieures ou égales à 3000 $.

Le chef d’entreprise a exprimé ses craintes alors que le gouvernement américain, pour lutter contre le blanchiment d’argent, émettait une nouvelle règle qui oblige les détenteurs de portefeuilles numériques privés à se soumettre à des contrôles d’identité pour toutes les transactions supérieures ou égales à 3000 $.

Quelques mois plus tôt, en février, Christine Lagarde, ex-DG du FMI et présidente de la Banque centrale européenne depuis 2019, déclarait que le Bictoin « ce n’est pas une monnaie ». Janet Yellen, ancienne patronne de la Réserve fédérale américaine et actuellement secrétaire au Trésor, jugeait le Bitcoin « extrêmement inefficace », pointant aussi son utilisation pour du « financement illicite ».

En plus de sa très grande volatilité, ce sont souvent les mêmes arguments qu’avancent les détracteurs du Bitcoin pour étayer leur position. Et des événements survenus ces dernières semaines, apportent de l’eau à leur moulin. Citons notamment la fuite du PDG de l’exchange turc Thodex, qui aurait emporté avec lui 2 milliards $. Plus récemment, Colonial Pipeline a été victime d’une cyberattaque qui a déclenché des pénuries de carburant dans tout l’est des Etats-Unis. Les pirates ont réclamé une rançon de 5 millions de dollars en cryptomonnaies.

Selon Bloomberg, le département américain de la Justice et l’Internal Revenue Service auraient ouvert une enquête confidentielle contre Binance, la plus importante plateforme d’échanges de cryptomonnaies. Il est notamment question de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale, alors que les autorités américaines craignent que les cryptos soient utilisées pour dissimuler des transactions illégales, notamment des vols et des trafics de drogue.

Une menace pour les cryptomonnaies ?

Tout ce dont sont accusés le Bitcoin et ses pairs n’est pas ou plus vraiment fondés, si l’on en croit de récents rapports parus. Selon une enquête de la société d’analyse de la blockchain Chainalysis, publiée en début d’année, les activités illicites n’ont représenté que 0,34% (10 milliards de dollars) du volume total des transactions en monnaies numériques l’année dernière, contre 2,1% (ou 21,4 milliards de dollars de transferts), il y a deux ans.

Dans la même lignée, Michael Morell, ancien directeur adjoint de la CIA, publiait début avril, un rapport de 11 pages intitulé « An Analysis of Bitcoin’s Use in Illegal Finance » dans lequel il affirme que les thèses selon lesquelles le Bitcoin serait beaucoup utilisé pour du financement illicite sont exagérées. Il va même plus loin en indiquant que le BTC offre un pouvoir criminalistique assez considérable, car chaque transaction est enregistrée au vu et au su de tous, et ces transactions peuvent être retracées. A l’en croire, il est plus facile pour les forces de l’ordre de retracer une activité illicite à l’aide de bitcoins que de suivre une activité illicite transfrontalière à l’aide de transactions bancaires traditionnelles ou de transactions en espèces.

A l’en croire, il est plus facile pour les forces de l’ordre de retracer une activité illicite à l’aide de bitcoins que de suivre une activité illicite transfrontalière à l’aide de transactions bancaires traditionnelles ou de transactions en espèces.

Entre la vague de répressions que subissent les cryptomonnaies, et des Etats qui veulent développer leurs propres monnaies numériques, il peut être légitime de se demander si ces actifs ont encore un avenir si la tendance se poursuit. La question ne divise que très peu, car la plupart des analystes s’accordent aujourd’hui sur le fait qu’au vu de leur popularité aujourd’hui, les cryptomonnaies ne peuvent plus disparaître. « Peut-être que le génie est sorti de la bouteille et que le simple fait d’essayer de l’interdire à ce stade le rendrait plus attrayant. Cela [la répression, NDLR] enverrait certainement le message que le gouvernement voit cela comme une alternative supérieure à leur propre monnaie », déclare le PDG de Kraken, Jesse Powell.

 

Agence Ecofin

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